ETA : cinquante ans de lutte armée

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ETA : cinquante ans de lutte armée
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FOCUS - Attentats, arrestations, conférences de presse clandestines : retour sur 50 années de lutte indépendantiste basque.

C’était le 31 juillet 1959, en pleine dictature franquiste : des étudiants nationalistes basques marxistes-léninistes fondaient l’Euskadi Ta Askatasuna, littéralement "Patrie basque et Liberté", une organisation devenue plus connue sous son acronyme, l’ETA. Objectif : dénoncer l'immobilisme du Parti nationaliste basque face à la dictature de Franco.

Cinquante ans plus tard, avec au moins 826 morts à son actif, l'organisation indépendantiste fait figure de dernier dinosaure de la lutte armée en Europe occidentale, officiellement placé sur la liste des organisations terroristes de l’Union européenne et des Etats-Unis depuis 2001. L’attentat qui a tué deux gardes civils, ce jeudi, à Majorque, semble porter la trace de l’ETA.

Ce visage de violence est le plus connu de l’ETA, qui revendique l'indépendance d'Euskal Herria, territoire comprenant la région autonome du Pays Basque espagnol, la Navarre (nord de l'Espagne) et le Pays Basque français. Sous la forme d’attentats sanglants, bien sûr, comme le 19 juin 1987. Ce jour-là, l’organisation tue 21 personnes, à Barcelone, en faisant exploser une voiture piégée, une violence jamais égalée depuis.

L’organisation pratique également d’autres formes de luttes, notamment les enlèvements et les assassinats. L’un des plus marquants aura été celui d’un jeune conseiller municipal du Parti populaire, en juillet 1997. La prise en otage et l’assassinat de Miguel Angel Blanco, 29 ans, marque le début des grandes manifestations de rejet, avec des cortèges forts de plusieurs millions d’Espagnols dans les rues :

Réaction des autorités espagnoles ? Des arrestations et des coups de filets, de plus en plus souvent menés en coopération avec les autorités françaises. Avec succès, parfois : le 29 mars 1992, par exemple, les autorités françaises mènent un vaste coup de filet, qui conduit à l’arrestation du numéro 1 de l’ETA militaire, surnommé Arpalo :

L’Espagne est tellement paralysée par la violence que ses autorités croient même pouvoir déceler sa trace derrière le double attentat perpétré à Madrid, en 2004 :


La paix a été évoquée officiellement à trois reprises, lors de négociations avec des gouvernements menées en 1988, en 1998, et en 2006-07. Lorsque qu’ETA annonce des "cessez-le-feu", la mise en scène est toujours la même : quelques militants, cagoulés, face à une caméra. La dernière a été annoncée le 22 mars 2006 :


L'Espagne et la France, qui constitue la base arrière des commandos de l'ETA, collaborent depuis les années 80 contre l'ETA, après des années de récriminations espagnoles contre le "sanctuaire" français. Traces de ce passé, ces quelques histoires insolites : ainsi, en 1981, l’île d’Yeu a-t-elle abritée cinq réfugiés basques, surveillés par « dix-sept inspecteurs en civils, une trentaine de gendarmes, et un patrouilleur de la marine nationale ». La France, qui ne leur accordait pas l’asile politique, se refusait à les extrader :