Escroquerie et exploitation sexuelle : les dessous sordides de "l'affaire Nadia"

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Escroquerie et exploitation sexuelle : les dessous sordides de "l'affaire Nadia"
Fernando Blanco multipliait les apparitions médiatiques, racontant son "histoire" avec émotion. @ Capture d'écran Antena 3
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Abondamment relayée par les médias, l'histoire d'une fillette gravement malade a ému l'Espagne pendant des années. Son père est aujourd'hui soupçonné d'exploitation sexuelle sur mineur, ainsi que de détournement de dons.

Fin novembre, Fernando Blanco était un "héros" aux yeux de toute l'Espagne. Père d'une fillette atteinte d'une maladie génétique sans traitement, le quinquagénaire écumait les plateaux de télévision, affirmant avoir fait le tour du monde à la recherche des meilleurs spécialistes et appelant aux dons pour poursuivre son "combat". Un mois et demi plus tard, le pays découvre avec stupeur l'ampleur de la tromperie : visé par des enquêtes pour escroquerie et exploitation sexuelle de mineur, le "père modèle" attend son procès en prison.

Un généticien "dans une grotte d'Afghanistan". En 2009, Nadia Blanco a trois ans. La petite fille, qui vit entourée de ses deux parents en Catalogne, souffre de trichothiodystrophie. Cette affection génétique rare peut provoquer la perte de cheveux, des problèmes de peau, mais aussi des retards mentaux et de croissance, voire, dans les cas les plus sévères, la mort. Aucun traitement n'est connu. Son père accorde alors ses premières interviews à quelques médias, parfois accompagné de son épouse, Margarida Grau, et de sa fille. Les larmes aux yeux, il explique qu'elle est sur le point de mourir, appelant les Espagnols à faire des dons pour "la sauver".

Pour parfaire l'histoire, Fernando Blanco ne lésine pas sur les détails. Il affirme avoir fait le tour du monde, parcourant l'Inde, le Brésil et la Russie à la recherche des "meilleurs spécialistes du monde" pour souligner sa fille, rapporte El Pais. Partout, il soutient que sa quête l'a mené jusqu'en Afghanistan, où il a passé un mois "sous les bombes", à la recherche d'un éminent généticien caché dans une grotte. L'histoire de Nadia émeut le public. Ses apparitions télévisuelles se multiplient.

Un traitement imaginaire aux Etats-Unis. Fin novembre 2016, l'homme de 52 ans tente l'arnaque de trop. Invité de plusieurs émissions, il explique avoir besoin d'argent pour payer un traitement révolutionnaire, basé sur la manipulation génétique et nécessitant notamment "trois trous dans la nuque", qui ne peut être reçu que dans un hôpital de Houston, aux Etats-Unis. Plusieurs médias espagnols cherchent à vérifier ces informations et déroulent une histoire mal ficelée. Le nom de l'hôpital donné par le père de Nadia n'existant pas, et le seul établissement de la ville correspondant à la description fournie par le quinquagénaire ne propose aucun traitement expérimental. Des investigations plus poussées révèlent que Nadia Blanco n'est pas "sur le point de mourir", mais hors de danger.

Une semaine plus tard, sa mère est arrêtée dans son village de Seu D'Urgell. Le père, lui, est interpellé près de la frontière française, alors qu'il tente de s'enfuir avec de l'argent liquide, un pistolet chargé à blanc et une clé USB. La police les accuse d'avoir dépensé près de 600.000 euros sur les 918.000 euros de dons reçus pour soigner leur fille, achetant, notamment, une voiture, une maison et des montres de luxe. Les fonds servaient aussi à financer la vie quotidienne du couple, au chômage. Selon El Pais, le montant réellement dépensé pour soigner Nadia Blanco entre 2012 et 2016 ne dépasse pas 295 euros. Les investigations mettent également au jour le passé judiciaire du père affabulateur, déjà condamné à plusieurs peines de prison pour fraude.

Des photos de Nadia dénudée. Sous le choc, les nombreux donateurs ne sont pourtant pas au bout de leurs surprises. Début janvier, en analysant le contenu de la clé USB que Fernando Blanco cherchait à faire disparaître, les policiers découvrent des photos de Nadia dénudée. Selon la télévision régionale TV3, l'une des images montre les parents en pleine relation sexuelle, sous les yeux de la fillette. Une deuxième enquête est ouverte. Interrogés, les parents expliquent que les photos servaient uniquement à surveiller l'évolution de la maladie de Nadia. "Il n'y a rien de spécial (dans ces photos), ni à contenu pornographique, sexuel ou d'exploitation", assure à la presse l'avocat du couple.

Alors que la garde de la fillette, désormais âgée de 11 ans, a été confiée à sa tante, l'affaire soulève des questions sur le travail des nombreux médias espagnols ayant relayé l'histoire pendant des années, sans jamais la vérifier. Selon plusieurs fondations, la tromperie a provoqué une chute des dons pour la recherche sur les maladies. Une plateforme représentant plusieurs organisations de patients a depuis publié un communiqué, invitant à donner de l'argent uniquement à des projets encadrés, et non à des campagnes individuelles.