Équateur : un transsexuel au Congrès ?

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Équateur : un transsexuel au Congrès ?
Diane Rodriguez se bat pour que chacun puisse inscrire son identité sexuelle sur ses papiers d'identité.@ CAPTURE D'ECRAN YOUTUBE
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PORTRAIT - L’élection de Diane Rodriguez, née Luis Benedicto, serait une première.

Diane Rodriguez est un peu la sensation de ces élections en Équateur. Cette étudiante en psychologie, âgée de 30 ans, espère être élue au Congrès dimanche. Si les électeurs votent en nombre pour elle, elle sera la première transsexuelle à y faire son entrée. Diane Rodriguez pourra ainsi faire avancer le combat qu’elle mène depuis plusieurs années en faveur des droits des transsexuels.

Son but : pousser Rafael Correa, le président sortant et donné grand favori, à légaliser le mariage homosexuel. Le chef d’État, porte-drapeau de la gauche radicale dans la région, à la tête du pays depuis 2007, a déjà fait adopter une Constitution sanctionnant toute forme de discrimination sexuelle. Un progrès, certes, mais insuffisant pour Diane Rodriguez, qui défend les couleurs du parti de gauche Rupture 25 et dont le militantisme est né suite aux difficultés de son parcours.

"Je savais que j’étais différent"

diane rodriguez, candidate en Equateur

© CAPTURE D'ECRAN

Née sous le nom de Luis Benedicto, Diane Rodriguez est originaire de Guayaquil, la deuxième ville du pays. "Je savais que j’étais différent quand j’étais enfant", raconte-t-elle au Metro britannique. C’est à l’âge de 16 ans que Diane Rodriguez prend conscience de son identité féminine.

Ses parents chassent alors l’adolescent de la maison. Diane est contrainte de se prostituer pour survivre. Elle ne peut regagner le domicile familial qu’à la condition de s’inscrire à des activités religieuses. Ce qu’elle fait, tout en suivant une thérapie hormonale. "Je voulais développer librement ma sexualité et prenais des médicaments en cachette", explique-t-elle.

Une plainte après un licenciement

Confrontée au rejet de ses camarades d’université, en raison de sa transformation physique, elle doit aussi faire face à des déboires professionnels. C’est après avoir perdu, une nouvelle fois, son emploi dans un hôtel qu’elle décide de réagir : Diane porte plainte pour être réintégrée en tant que salarié féminin.

"L’avocat disait que c’était impossible car mon nom masculin figurait sur mes papiers d’identité. J’ai donc décidé de le modifier à l’État civil, qui a refusé de le faire malgré la Constitution imposant la reconnaissance de l’identité sexuelle", raconte Diane Rodriguez.

"Mon genre sur ma carte"

S’en suit une bataille juridique et une première victoire pour Diane en 2009, quand l’administration lui accorde enfin de nouveaux papiers, sur lesquels son nom de femme est mentionné, avec toutefois la mention "sexe masculin". Une autre procédure est actuellement en cours pour que les documents fassent référence au "genre" plutôt qu’au "sexe".

Un clip de campagne de la candidate :

En 2008, elle fonde son association, "Silhouette X", dédiée aux droits des transsexuels. Sa campagne, "Mon genre sur ma carte [d’identité]", vise à rendre possible l’inscription de l’identité sexuelle de chacun.

Son combat est toutefois loin d’être gagné d’avance dans un pays où les transsexuels sont mal acceptés. Et où l’un des candidats à la présidentielle, crédité d’1% d’intentions de vote, estime que l’homosexualité est un "trouble mental" et un "pêché".