En Syrie, "c'est une guerre de chiens"

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En Syrie, "c'est une guerre de chiens"
@ Capture Europe 1
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INTERVIEW - Des produits chimiques ont été utilisés, selon Jean-Philippe Rémy, journaliste au Monde.

"C'est une guerre de chiens". Jean-Philippe Rémy, journaliste au Monde, raconte dans un article publié lundi les atrocités liées à l'emploi de substances chimiques sur les combattants de la révolution syrienne. Dans Europe 1 Soir, il témoigne de ce que lui et son confrère, Laurent Van der Stockt, ont vu dans le quartier de Jobar, juste à la sortie de Damas.

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Un "doute fondamental". A la base, les deux envoyés spéciaux du quotidien, entrés clandestinement dans le pays, voulaient aller dans la capitale pour rendre compte de la fameuse bataille de Damas, cette offensive des opposants à Bachar al-Assad, lancée en juillet 2012. "Sur la route, il y avait des rebelles qui nous disaient qu'il y avait des attaques chimiques, des gaz, etc. On ne faisait pas trop attention parce qu'on se disait qu'on manquait de preuves. Nous étions extrêmement sceptiques", a raconté Jean-Philippe Rémy sur Europe 1. Alors que les témoignages sur l'utilisation d'armes chimiques se multipliaient depuis des mois, les deux journalistes du Monde décident à leur tour d'enquêter. "On a vu les premiers cas de soldats qui tournaient de l'œil, qui se plaignaient. Au début, on se demandait s'ils ne surjouaient pas. On avait toujours ce doute fondamental. Jusqu'à ce qu'on trouve 15, 20, 30 soldats d'un coup qui étaient affectés par les produits chimiques", a raconté le journaliste.



Syrie : "une guerre de chiens"par Europe1fr

Quels symptômes ? Lors de ce reportage, les envoyés spéciaux du Monde ont vu l'horreur qui suit l'utilisation de ces armes. Avec souvent les mêmes symptômes : "des difficultés respiratoires aigües. C'est poignant. Ils ne peuvent plus actionner leurs muscles qui permettent de respirer. Ils sont en train d'étouffer les yeux exorbités. Ils sont en train de mourir, de sentir l'asphyxie gagner parfois avec des saignements", a assuré le journaliste du Monde. Certains combattants rencontrés par les deux journalistes ont également "les pupilles qui deviennent minuscules", des "rythmes cardiaques qui deviennent fous", des "vomissements"...

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Syrie, masque à gaz,

© REUTERS

Quels sont les produits utilisés ? Difficile à dire. Pour Jean-Philippe Rémy, il ne s'agit pas de "gaz lacrymogènes aggravés" mais de "produits d'une extrême toxicité qui entraînent la mort dans certains cas". Mais pour connaître le nom exact des substances, il faudrait pousser les analyses et le protocole "d'étude est extrêmement compliqué". Il faut faire des "analyses sur place au moment où les gens sont exposés" et il faut que les prélèvements soient "transportés de manière satisfaisante" dans des laboratoires spécialisés, explique Jean-Philippe Rémy qui espère que "les éléments en possession de certains pays" permettront d'obtenir des conclusions.

Quelle est leur réaction ? Malgré cette menace, les rebelles sur le terrain "essayent de résister à la panique", a affirmé Jean-Philippe Rémy qui a passé deux mois en Syrie. "Ils n'ont pas beaucoup le choix. S'ils cèdent à la panique et le terrain, ils savent que le gouvernement enfonce les lignes", analyse le journaliste qui a pu constater la dureté de cette guerre. "On se tire des grenades. On se tire au RPG (lance-roquettes, ndlr) . Il y a des tireurs d'élites qui font sauter des têtes. Les soldats sont fatigués", a pu constater Jean-Philippe Rémy qui conclut : c'est une guerre qui se fait "dans de la mort quotidienne".