En RDC, on ne "blague" plus avec le viol

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En RDC, on ne "blague" plus avec le viol
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Le viol est une véritable plaie en RDC, où au moins 40 femmes sont violées chaque jour.

"Le viol, c'est une infraction avec laquelle il ne faut pas blaguer!", explique le policier Joachim Lyanza. Ce haut-gradé est le commandant de la police d'une région de l'Ouest de la République démocratique du Congo (RDC), où les militaires sont cités parmi les principaux auteurs de viol. "Vous, collègues de la PNC (police) et des FARDC (armée), attention à ne pas tomber dans ces infractions!", prévient le policier.

Les militaires accusés de viols. A sa manière, l'officier plaide contre les violences sexuelles lors d'une séance de sensibilisation organisée par le Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) dans le petit centre culturel de Buburu. Perdue dans les herbes hautes, Buburu est une localité enclavée qui, par voie fluviale, se situe à quelque 200 km au nord de Mbandaka, capitale de la verdoyante province. Dans cette région comme ailleurs dans le pays, les militaires sont régulièrement accusés de commettre des exactions contre la population - dont des violences sexuelles.
"Ayez confiance!". Le viol est une véritable plaie en RDC, où "au moins 40 femmes sont violées chaque jour", selon des chiffres officiels publiés en octobre. La réalité est sans doute encore plus dramatique de l'avis des experts, du fait notamment d'une sous-déclaration chronique des viols. A Buburu, difficile à première vue d'identifier les auteurs de ces violences sexuelles. Mais populations et acteurs humanitaires accusent en tête des militaires, souvent ivres ou drogués.

"Poursuivre même un insecte qui a commis des violences sexuelles". Vous pouvez influencer les comportements" pour prévenir les violences sexuelles, insiste Guening Massama Kiliouto, du HCR, en ouverture de sa séance de "sensibilisation" devant une trentaine de militaires et une poignée de policiers. Le lieutenant Patrick Bahati, qui dit avoir suivi une formation sur les droits de l'homme à Kinshasa, tente de rassurer: "Ayez confiance!". Au sein des FARDC, "nous sommes en train d'aller petit à petit pour poursuivre même un insecte qui a commis des violences sexuelles pour le dénoncer aux instances compétentes", affirme-t-il.

"Des filles qui portent des habits sexy". Debout face à l'assistance, le capitaine Innocent Kambale lit un extrait du code de bonne conduite militaire. Outre qu'il leur est interdit de violer, stipule l'article 35, "les militaires ont le devoir de dénoncer, de traquer les auteurs de violences sexuelles et de les traduire devant les cours compétentes". Au terme de la session, un soldat se lâche : "il y a des filles qui portent des habits sexy... Les hommes ne se contrôlent pas. S'ils voient les cuisses ou les seins d'une femme dehors, ça va les pousser, pousser...", lance-t-il dans un éclat de rire grivois. "La plupart des cas enregistrés, ce sont des soldats", constate un agent humanitaire. "Les militaires sont les premiers auteurs de violences sexuelles!", renchérit Faustin, un enseignant.
 

Des violeurs rarement punis. Jean, intervenant du séminaire du HCR, témoigne douloureusement et pudiquement du cas de sa "fille de 14 ans, violée par un militaire". "J'ai obligé le militaire à la soigner. Il a exprimé des regrets, mais je voulais que son pardon se fasse au tribunal", explique-t-il. Le violeur a été finalement muté, alors que son unité était déplacée en renfort dans l'est du pays. Et "pas moyen de le suivre", déplore Jean. Les violeurs -soldats ou non- sont rarement punis.

"Parfois, j'ai des personnes (accusées de viol) à transférer à Mbandaka, mais il n'y a pas de transport et pas de policiers pour les acheminer", confie Joachim Lyanza, officier de police judiciaire. Clément Kahuma, de la Commission nationale pour les réfugiés, estime que l'une des solutions serait que la justice se rapproche des justiciables.

Des "petits" arrangements financiers. Autres écueils à l'accomplissement de la justice : les petits arrangements financiers entre la famille de la victime et l'agresseur, ou plus prosaïquement la peur des représailles en cas de dénonciation aux autorités. "Certains militaires ont violé, mais quand vous allez dénoncer, vous êtes déjà en "infraction"", souligne Faustin. "Comme ce sont des porteurs d'armes, soit on dénonce et on quitte son village, soit on est obligé de se démentir parce qu'on craint la mort."

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