En Méditerranée, les Gazaouis fuient et risquent leur vie

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En Méditerranée, les Gazaouis fuient et risquent leur vie
@ Reuters
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ENGLOUTIS PAR LA MER - Depuis le début de la campagne "Bordure protectrice" menée par Israël contre Gaza, les tentatives de rejoindre l’Europe par bateau, et les drames, se sont multipliés. 

Gaza, bondée mais vite abandonnée. 4.000 habitants au mètre carré. La bande de Gaza est le territoire le plus dense au monde, et pourtant, nombreux sont les Palestiniens qui tentent de le quitter. Et pour cause : "Ici, 95% de l’eau n’est pas potable, beaucoup de gens ont constaté qu’ils n’avaient pas de futur", explique à Europe 1 Christopher Gunness, porte-parole de l’ONU pour les territoires palestiniens. La bande de Gaza, frappée par une "crise sanitaire, humanitaire, politique et économique", voit partir ses enfants.

Les frappes israéliennes accélèrent l’exode. Et le mouvement s’est accéléré au mois de juillet dernier, au moment où Israël lançait son opération "Bordure Protectrice ". La bande de Gaza, terre de désespoir et terre de départ. Les jeunes gens qui tentent l’aventure empruntent les tunnels qui relient Rafah à l’autre côté de la frontière, en Egypte. De là, ils investissent tout leur argent et font reposer tous leurs espoirs sur des passeurs qui les entassent dans des bateaux de fortune.

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Cinq naufrages en une semaine. Le haut commissariat des réfugiés en Italie confirme que des centaines de palestiniens ont disparu ces dernières semaines. "Rien que de vendredi à dimanche la semaine dernière il y a eu cinq naufrages en Méditerranée, les témoignages que nous avons recueillis indiquent que les migrants étaient Palestiniens. " L’un d’entre eux a fait la Une des médias à ce moment : 500 personnes au moins avaient alors disparu. Parmi elles, 300 Palestiniens de Gaza.

"J’attends les noms des rescapés pour savoir s’il est vivant ". Time of Israel raconte ces parcours de jeunes gens, poussés à l’aventure par l’absence de perspective et de futur sur la bande de Gaza. Oussama, un Gazaoui installé aux Emirats arabes unis, est sans nouvelle depuis 12 jours de son frère Yasser, 23 ans, qui se trouvait sur ce bateau avec 500 migrants originaires du Moyen-Orient déchiré par les conflits.  "Il a été diplômé l’an dernier et depuis, comme tous les jeunes, il est au chômage. Il n’y a aucun horizon pour eux à Gaza ", raconte Oussama. "J’ai essayé de le faire venir aux Emirats mais, après avoir vu plusieurs de ses amis réussir à rejoindre l’Europe par bateau, il a décidé de partir ". "Il m’a appelé le 5 septembre au soir et il m’a dit : ‘demain matin, on embarque’. Aujourd’hui, j’attends qu’on nous communique les noms des rescapés pour savoir s’il est toujours vivant ".

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Difficile de chiffrer le phénomène. Depuis le début de l’année, 2 890 Palestiniens ont débarqué en Italie, évalue l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) tout en reconnaissant le caractère aléatoire du chiffre. En effet, de nombreux migrants brûlent leurs papiers d'identité et se déclarent Palestiniens dans l'espoir d'obtenir le statut de réfugié politique. A Gaza aussi, impossible d’obtenir des chiffres précis, mais pour d'autres raisons cette fois-ci. "On estime que des milliers de personnes ont quitté clandestinement la bande de Gaza ces deux derniers mois, en particulier pendant la guerre ", affirme un défenseur des droits de l’Homme.

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"Comme ils sont passés par les tunnels qui mènent vers l’Egypte, une sortie du territoire illégale et secrète, nous ne disposons d’aucun chiffre précis ", ajoute ce militant qui garde l’anonymat parce que le sujet est tabou à Gaza. Quand ils échappent à la mer et aux polices des frontières, ces jeunes gazaouis sont souvent la proie de "criminels ", ces réseaux de passeurs qui entretiennent leur peur et les menacent de les dénoncer, comme l’explique l’ambassade de Palestine à Athènes.

L’immigration par avion ou par bateau. L’immigration clandestine est un phénomène massif chez les Palestiniens depuis les années 60. Seulement, elle a tendance à devenir de plus en plus risquée et dangereuse, car de plus en plus désespérée. Et un trafic très bien structuré s’est développé sur ce marché, comme l’explique Mohamed Kamel Doraï dans la revue Européenne des Migrations Internationales où il interroge l’un de ces passeurs:

"Tout d’abord quelqu’un vient te voir qui veut voyager. Il te donne son passeport et 1.500 dollars (1.200 euros). Les passeurs sont des gens qui travaillent dans le voyage. Le passeur te donne un visa et un billet d’avion pour que tu partes. Tu arrives à partir ou non, en fonction de ta chance. Si tu ne pars pas, il garde les 1.500 dollars pour le travail qu’il a fourni, le visa et le billet. Il faut avoir des relations avec beaucoup de monde, tout d’abord avec les gens à la douane ici. Il faut aussi connaître des gens importants à Beyrouth qui te permettent d’avoir des visas. Les passeurs connaissent des gens ici qui travaillent pour l’État libanais. On travaille avec des passeurs plus importants, c’est eux qui ont des relations avec les gens dans les ambassades et à l’étranger. Pour l’Allemagne cela coûte 4.500 dollars (3.600 euros)  pour un Palestinien, 4.000 dollars (3.150 euros) pour un Libanais, c’est toujours plus cher pour un Palestinien. Ici un passeur gagne au moins 500 dollars (450 euros) par individu qui part. Il peut gagner plus ".

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Devant l’intensification des contrôles du trafic aérien, une autre filière s’est développée. Plus informelle, plus dangereuse. En mer, les Gazaouis embarquent, la peur et le désir d'ailleurs leur tenaillant le ventre. Mais souvent, la Méditerranée engloutit ces jeunes gens. Et leurs espoirs avec.