Elections américaines : qui sont les électeurs de Donald Trump ?

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Trump et Clinton sont au coude à coude dans les sondages. Le candidat républicain peut compter sur les ouvriers et les conservateurs pour le soutenir.

L'ENQUÊTE DU 8H

Selon le dernier sondage en date, Donald Trump est crédité de 38% des intentions de vote des citoyens américains qui comptent voter le 8 novembre prochain. Alors que le candidat multiplie les coups d'éclats et semble avoir perdu le premier débat télévisé contre Hillary Clinton, qui sont les Américains qui le soutiennent dans sa course à la présidentielle ?

Les anciens États industriels, terreau fertile pour l'électorat de Trump. L’Ohio et la Pennsylvanie sont deux États du nord-est des États-Unis, qui appartiennent à la "Rust Belt" (la ceinture de rouille) en référence à son passé industriel. Ces régions, qui ont beaucoup souffert du départ des usines, sont un terreau fertile pour Donald Trump. Dans le nord-est de l'Ohio, de Canton à Youngstown, entrepôts à l’abandon et cheminées rouillées se succèdent, comme des témoins de l'ancienne prospérité. On y produisait l’acier, les pneus, les aspirateurs mythiques de Hoover.

Mais trente ans plus tard, la région est désertée. La population a été divisée par deux et des centaines de milliers d'emplois se sont envolés, comme celui de Christine qui a travaillé 40 ans dans une aciérie. "Ça a été dur de voir l'usine fermer alors qu'on était plus de 300. Les produits importés ont fait beaucoup de mal. C'est l'acier du Brésil, de Chine qui a tué l'industrie américaine. Il est temps de faire quelque chose", affirme Christine. "La plupart des anciens de l'usine votent Trump. Beaucoup soutenaient Obama, mais maintenant ils sont avec Trump."

Trump joue sur la nostalgie. Si dans les quelques usines qui fonctionnent encore, les syndicats des métallos soutiennent "officiellement" Hillary Clinton, la base ne suit plus. Les ouvriers voteront Trump. "Après tout, qu’est-ce qu’on a à perdre ? Pourquoi ne pas essayer autre chose ?", s'interrogent-ils. Ses promesses de ressusciter l'industrie américaine et notamment celle du charbon séduisent. Le candidat républicain peut compter sur un électorat majoritairement blanc, déclassé, appauvri et qui ne croit plus en la politique traditionnelle. Le milliardaire joue le peuple contre les élites de Washington, et ça fonctionne.

Ce discours plaît à Lucia qui se sent prise en compte. "Beaucoup d’entre nous se sentent oubliés", affirme cette mère de famille qui a été licenciée. "C'est toujours pareil : on vote pour un politicien, mais quatre années passent et on ne voit aucun changement. On gagne moins, mais on trime deux fois plus. Beaucoup de gens prennent deux boulots. Même les retraités travaillent ! Trump suscite de l’espoir parce qu'il entend la voix des Américains". Pour la première fois de sa vie, Lucia s'apprête donc à voter pour un Républicain.

Entre un penchant pour le port d'arme et des promesses de baisse d'impôt, l'électorat conservateur acquiesce. Les ouvriers ne sont pas les seuls à être séduits par les promesses de Donald Trump. Dans le sud de la Pennsylvanie, l'électorat traditionnel républicain suit aussi. À York, une petite ville rurale et conservatrice à plus de 60%, on change d'ambiance. Maisons cossues et drapeau américain sur les façades sont de mise. On y croise de petits entrepreneurs, plutôt enclins à confier les clés du pays à un chef d'entreprise, d'autant plus qu'il promet de baisser les impôts. Et comme il est favorable au port d'arme, Donald Trump séduit.

Mais lorsqu'il s'agit de sa stature internationale, certains électeurs, pourtant républicains, ne cachent pas leurs doutes. "Ce qui m'inquiète, c'est de l'imaginer face aux autres dirigeants du monde. Je ne crois pas qu'il nous représenterait très bien. Il est si désagréable que ça me fait peur. Il serait capable de déclencher une troisième guerre mondiale !", s'inquiète Bruce. Ce retraité a encore 40 jours pour se décider. Peut être finira-t-il, comme beaucoup d'autres, par se résigner et voter pour Donald Trump malgré ses réticences. Non par conviction mais par une haine tenace envers Hillary Clinton.