Elections américaines : le "coming out" des laïques
Elections américaines : le "coming out" des laïques

ZOOM - Pas facile pour les non-croyants américains de se faire entendre au Pays de Dieu.

On ne les a presque pas entendus depuis le début de la campagne. Pourtant les athées américains sont bien présents et suivent de près les promesses des candidats. Mais pas facile, pour les non-croyants, de trouver écho dans un pays où le mot Dieu ponctue autant les phrases qu’une virgule.

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La religion n’a pas le monopole de la morale

Alors pour se faire entendre, certains ont décidé de se regrouper. Des associations et des collectifs ont été créés pour défendre la laïcité qui souffre d’une image défavorable dans l’opinion croyante. "Vous n’avez pas à être croyant pour être quelqu’un de moral", clame le dernier slogan du mouvement athée de New York. Comme si le doute persistait encore aux yeux de certains, poussant les associations à mettre sur pied des campagnes de dé-diabolisation.

Le "bus des athées" qui a sillonné Indiana :


Pour Kenneith Bronstein, le leader des "New York atheists", les non-croyants font aujourd’hui une sorte de "coming out", pour se faire accepter, comme ont pu le faire les homosexuels il y a quelques années. Un parallèle qui peut choquer, mais qui reflète la difficulté d’être considéré comme un citoyen à part entière lorsque l’on ne croit pas. "Ces campagnes insistent sur le fait qu’on n’a pas besoin de croire pour être un Américain", souligne François Durpaire,  spécialiste des Etats-Unis, interrogé par Europe1.fr.

La politique Au pays de Dieu

Selon les dernières enquêtes publiées aux Etats-Unis, seulement 5% des Américains se disent athées, mais un Américain sur quatre se dit affilié à aucune religion. "On voit depuis quelques décennies un effondrement du nombre de personnes qui se disent croyantes", constate François Durpaire. En effet, le nombre d’Américains se disant non-affiliés à une religion a augmenté de 38% entre 1990 et 2012.

Une tendance qui va pourtant à l’inverse de celle observée dans le discours politique, notamment depuis l’élection de George W. Bush et les attentats du 11 septembre. Le religieux est bien plus souvent évoqué qu’auparavant. "Il y a 30 ans, lancer une campagne présidentielle avec une prière dans un stade de football était inimaginable", a récemment souligné David Niose, vice-président de la Coalition laïque pour l'Amérique - Secular Coalition for America, (SCA) - devant la presse.

Une montée de la religiosité aux Etats-Unis, observée avec finesse et humour par l’auteur américain Douglas Kennedy dans son roman Au pays de Dieu. Dès 2006, l’auteur décrivait avec habileté  la Bible belt - ceinture de la Bible - du sud des Etats-Unis, "pays" des politiciens prêcheurs.

Pourtant, les Etats-Unis sont un pays profondément laïque*. Bien plus laïque que la France. "Mais l’histoire de la construction des Etats-Unis explique pourquoi la religion est si présente dans le quotidien", explique François Durpaire, soulignant qu’ "aux Etats-Unis, l’Etat s’est construit autour de la notion de protection des citoyens croyants, jusqu’alors persécutés. En France, c’est plutôt l’inverse, il s’est construit dans l’idée de défendre les laïques".  Une laïcité, abordée par deux bouts différents.

Une campagne sans laïcité, ni religion

Si on voit le président américain jurer sur la bible le jour de son investiture, "cela fait désormais partie du folklore américain et non d’une véritable pratique religieuse", estime le spécialiste. "D’ailleurs si Mitt Romney est élu, il ne serait pas étonnant de le voir prêter serment une main posée sur la bible alors qu’il est mormon", ajoute-t-il.

Si la question de la laïcité a été particulièrement absente de la campagne américaine cette année, "celle de la religion n’a pas non plus été au centre des débats", note, tout de même, François Durpaire.  

Barack Obama, dont les origines kényanes sont toujours sources de multiples théories du complot - encore beaucoup d’Américains pensent qu’il est musulman - a pris ses distances avec l’église protestante à laquelle il était affilié en 2008 et a peu parlé religion. Mitt Romney, quant à lui, s’est bien gardé de s’étendre sur sa religion mormone qui divise encore beaucoup l’opinion. Seuls 1.7% des adultes Américains pratiquent cette religion.

*On utilise l’orthographe "laïque" pour définir une personne favorable au principe de laïcité et "laïc" pour définir une personne qui ne fait pas partie du clergé. Un "laïc" peut donc être croyant, comme par exemple un diacre.