El Chapo : "on ne parle pas d'un gangster, on parle d'un patron"

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La vie rocambolesque du narcotrafiquant arrêté vendredi fascine. Jean-Paul Mari, grand reporter et écrivain, décrypte le phénomène.

INTERVIEW

Escobar, un petit joueur comparé à El Chapo ? Le baron de la drogue mexicain, de son vrai nom Joaquin Guzman, a arrêté vendredi, après avoir réussi, pendant sa fuite, à donner une interview à l'acteur américain Sean Penn. Sa vie rocambolesque intrigue le monde entier. "C'est un homme peu commun", confirme Jean-Paul Mari, grand reporter et écrivain, auteur d’un portrait d’El Chapo paru dans "L’Obs", interrogé dans la Matinale d'Europe 1. "Il est de l'ordre de Pablo Escobar ou de Scarface".

Un paysan. "Il est même d'un calibre plus important que Pablo Escobar, le narcotrafiquant colombien, car c’est un petit paysan. Il a été élevé à la dure dans une région qui n’a pas d’opportunités économiques et où tout le monde s’est mis à la drogue comme une économie locale", raconte Jean-Paul Mari.  Son surnom d'El Chapo, il le tient de sa taille : "C’est un monsieur qui n’est pas grand. Il fait 1m57-64, cela dépend des mesures. El Chapo cela veut dire trapu, le petit", ajoute le grand reporter. Mais il n'en est pas moins intelligent : "Ses yeux noirs scrutent tout de suite l’interlocuteur et font comprendre que le patron c’est lui."

Une narcoéconomie. "On retrouve cela un peu en Sicile, en Calabre… ces gens qui vivent dans des petits villages d’origine paysanne. C’est une société", fait remarquer Jean-Paul Mari. "Il tient la région dont il est originaire mais il paye les semences, il envoie les enfants à l’école, il fait faire les routes, il donne de l’argent à tout le monde. C’est une culture. C’est la où il est fort. On ne parle pas d’un gangster, on parle d’un patron."

On estime que sa production tourne autour de 25 milliards de dollars. "C’est une multinationale qui a 600 succursales dans tout le monde entier. Il a des gens qui font du marketing. Quand vous regardez l’organigramme d’El Chapo ça vous donne le tournis. Ce sont des gens qui sont passés aussi de la drogue à la narcopolitique car ils ont acheté l’Etat. 80% des policiers municipaux et régionaux sont payés par El Chapo dans les Etats du nord", détaille le journaliste. "C’est aussi un homme qui fait du capitalisme avec une armée. C’est une nouvelle notion qui est fascinante".

Du sang jusqu'aux épaules. Il n'est pourtant pas un enfant de cœur. "Il a du sang jusqu’aux épaules. Ce sont des gens qui font tuer sans hésiter. D’ailleurs, quand il donne son interview à Sean Penn, y a une langue de bois : il dit 'je me défends', ce n’est pas vrai. Ce sont des tueurs. Mais lui ne le fait pas par plaisir."

L'évasion. Si le nom d'El Chapo nous est familier, cela tient aussi à ses évasions dignes des plus grands films. En juillet, il s'était échappé de prison en creusant un tunnel. Il s'était déjà évadé une première fois en se cachant dans un panier à linge. "Il avait versé un salaire de 3.000 dollars à chaque gardien. Et chaque fois qu’il demandait quelque chose à un gardien, c'était uniquement de le faire passer dans la pièce d’à côté, puis dans la pièce d’à côté etc. Personne ne peut refuser, personne n’est vraiment coupable. Lui se retrouve dans un sac à linge et le sac à linge se retrouve dehors", ajoute le grand reporter.

Sean Penn. El Chapo fascine aussi Hollywood et notamment Sean Penn. L'acteur a réussi à rencontrer le baron de la drogue durant sa cavale. L'interview a été publiée dans le magazine Rolling Stone, samedi. "Sean Penn est un homme qui s’intéresse aux gens intéressants. Il veut faire un biopic. Donc il arrive à le voir. Il le rencontre 7 heures. Tout le monde s’énerve aux Etats Unis, car ce n’est pas politiquement correct", explique Jean-Paul Mari. De la à risquer la prison ? "Je ne pense pas. D’ailleurs il a déjà commencé à faire marcher ses avocats pour dire qu'il n’a fait qu'un métier de journaliste.  "