Egypte, une transition difficile

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Egypte, une transition difficile
"Ce n’est pas tant l’armée qu’ils refusent mais bien le haut commandement, le pouvoir décisionnaire de l’armée", explique Ghislaine Alleaume, chercheur au CNRS.@ Reuters
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Depuis 9 mois, et la chute de Moubarak, la transition démocratique en Egypte connait de nombreuses difficultés.

Alors que doivent débuter la semaine prochaine les élections législatives, la colère gronde de plus en plus contre l'armée. Applaudie en début d'année pour ne pas avoir tiré sur les manifestants, elle est accusée aujourd'hui de vouloir se maintenir au pouvoir.

Les manifestations qui se succèdent depuis trois jours, et la répression sanglante du mouvement qui a fait entre 27 et 33 morts, plongent de nouveau le pays dans l’instabilité. Europe1.fr fait le point.

Pourquoi de nouvelles manifestations ?

Si les premières tensions, dès le mois de mars, après le départ de Moubarak étaient plutôt religieuses – affrontements entre Coptes et Musulmans -, c’est l’aspect politique qui prend aujourd’hui le dessus. "Depuis le mois d’octobre et les dérapages des forces de l’ordre, de la police en particulier, la population craint un retour de l’ancien régime", explique Ghislaine Alleaume, directrice de recherche à l’institut de recherches et d’études sur le monde musulman.

"Ce n’est pas tant l’armée qu’ils refusent mais bien le haut commandement, le pouvoir décisionnaire de l’armée", poursuit Ghislaine Alleaume.

Au pouvoir, l’armée avait garanti une transition démocratique au bout de 6 mois. Or, cela fait neuf mois que le Conseil suprême des forces armées (CSFA) tient toujours le pays et refuse notamment que le budget de l’armée soit contrôlé par le parlement.

Pourquoi le gouvernement a t il démissionné ?

Officiellement, le gouvernement a motivé sa démission "au vu des circonstances difficiles que traverse actuellement le pays". Mais dès lundi matin, le ministre de la Culture, premier démissionnaire, a justifié son geste en expliquant protester contre la réaction du gouvernement face aux violences entre manifestants et forces de l'ordre.  Cette démission apparaît surtout comme une désapprobation du CSFA.

Selon Ghislaine Alleaume, le gouvernement par cette démission tente de se "désolidariser du pouvoir militaire. Les membres du gouvernement de transition ne veulent pas être associés à cette reprise de la répression, au come-back de la police. Alors que l’armée a été relativement neutre au moment de la chute de Moubarak, son image et celle de son chef, le maréchal Tantaoui est aujourd’hui ternie".

Qui est le maréchal Tantaoui ?

"Ancien apparatchik du régime Moubarak, le maréchal Tantaoui est un militaire pur et dur", confie Ghislaine Alleaume.

Aujourd’hui à la tête du puissant Conseil suprême des forces armées, il a été pendant vingt ans ministre de la Défense sous Hosni Moubarak après avoir le chef de la garde présidentielle. Sa position au sein de CSFA lui donne de facto la position de chef de l’Etat par intérim.

Quid de la transition démocratique promise ?

Un gouvernement de salut national doit être formé dans les jours qui viennent et l’élection présidentielle doit être organisée avant le mois de juillet, selon Abou Elela Mady, du parti Wassat qui participait mardi à une réunion entre les militaires et le gouvernement de transition.

Selon un autre participant, le CSFA a également évoqué durant cette réunion la possibilité de nommer l'ancien chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, au poste de Premier ministre pour remplacer Essam Charaf, démissionnaire depuis lundi soir et a annonce le maintien des élections législatives du 28 novembre.

Pour Ghislaine Alleaume, "la tenue de ces élections est possible si l’armée a vraiment peur, qu’elle craint un raz-de-marée des religieux. Mais jusqu’à quel point le gouvernement sera-t-il ouvert ? Dans les précédents, par exemple, les Frères Musulmans n’y participaient pas".