Egypte : un bain de sang au Caire

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Egypte : un bain de sang au Caire
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L'ESSENTIEL - Le bilan des victimes ne cesse d'évoluer dans l'assaut policier contre les campements pro-Morsi au Caire.

#L'ESSENTIEL :

• 124 personnes ont été tuées au Caire selon l'AFP. Pour le ministère de la Santé, les affrontements ont fait 278 morts dans tout le pays. 43 policiers ont par ailleurs tués dans toute l'Egypte, selon le ministre de l'Intérieur Mohammed Ibrahim. Les Frères musulmans évoquent, eux, 2.200 morts et plus de 10.000 blessés.
• L'état d'urgence a été décrété pour un mois en Egypte.
• Le gouvernement égyptien a imposé mercredi des couvre-feux au Caire et dans 13 autres provinces.
• La police dit avoir repris la dernière place au Caire.
• Le Nobel de la paix ElBaradei annonce sa démission du gouvernement.
• La France saisit l'ONU.

#UN BILAN HUMAIN TRÈS LOURD

Les forces de sécurité ont délogé les manifestants pro-Morsi qui campaient sur deux places du Caire.

© REUTERS

Entre 124 et 2.200 morts. Le nombre de victimes ne cesse de varier, les opérations d'évacuation étant encore en cours. Selon le dernier bilan, qui évolue d'heure en heure, 124 personnes sont mortes, a constaté un journaliste de l'AFP qui a pu compter les cadavres dans trois morgues improvisées. Ce bilan, sur la place Rabaa al-Adawiya, le QG des manifestants qui l'occupent depuis plus d'un mois, ne tient pas compte des morts éventuels sur l'autre sit-in des pro-Morsi au Caire, la place Nahda que l'Intérieur dit désormais contrôler "totalement", ni de ceux d'autres affrontements en cours dans le pays.

Selon le ministère de la Santé, les affrontements ont fait au moins 278 morts dont 43 policiers. Les Frères musulmans évoquent, eux, un bilan beaucoup plus lourd : 2.200 morts et plus de 10.000 blessés. Un responsable de la sécurité a affirmé à l'AFP que 543 personnes avaient été arrêtées. Quarante-trois policiers ont par ailleurs été tués, a déclaré le ministre égyptien de l'Intérieur.

Un caméraman de Sky News tué. "C'est avec un immense regret que Sky News annonce la mort de Mick Deane, un caméraman expérimenté, alors qu'il travaillait au Caire ce matin (mercredi)", a indiqué Sky News, ajoutant que ce journaliste de 61 ans, marié et père de deux enfants, "travaillait depuis quinze ans" pour la chaîne. "Il a été blessé par balle, et en dépit des soins reçus, il est décédé peu après", a précisé Sky Newsdans un communiqué, ajoutant que le reste de son équipe sur place était indemne. Les Frères musulmans ont de leur côté annoncé que la fille de 17 ans d'un de leurs principaux leaders, Mohammed al-Beltagui, avait également été tuée par balle.

Des arrestations. Deux des principaux dirigeants des Frères musulmans encore en liberté, Essam el Erian et Mohamed el Beltagi, ont été arrêtés, selon une source de sécurité. Le prédicateur radical Safouat Hegazi a également été arrêté, a ajouté le responsable sécuritaire. Mais le ministère d'Intérieur a démenti ces arrestations.

#LA SITUATION SUR LE TERRAIN

La police reprend le contrôle. La place Rabaa al-Adawiya, la plus importante des deux places occupées au Caire par les partisans du président Morsi, est désormais "totalement sous contrôle" des autorités, a affirmé mercredi un responsable de la sécurité.

L'évacuation de la place Rabiya al-Adawiya :



Blindés et bulldozers contre le camp des pro-Morsipar lemondefr

#LE COUVRE-FEU

egypte

© Reuters

L'état d'urgence décrété. Ce bain de sang a provoqué une réaction du pouvoir mis en place par l'armée. L'état d'urgence a été décrété mercredi pour un mois. Le président par intérim, Adly Mansour, nommé par les militaires après la destitution et l'arrestation de Mohmaed Morsi, "a donné pour mission aux forces armées, en coopération avec la police, de prendre toutes les mesures nécessaires pour maintenir la sécurité et l'ordre ainsi que pour protéger les biens publics et privés et les vies des citoyens", selon le communiqué. "La sécurité et l'ordre dans la Nation sont en danger en raison d'actes de sabotage délibérés, d'attaques visant des bâtiments publics et privés et de la perte de vies humaines, des actes perpétrés par des groupes extrémistes", selon la présidence. Le gouvernement égyptien a imposé mercredi des couvre-feux au Caire et dans 11 autres provinces. Pour le Premier ministre égyptien Hazem Beblawi, la police avait agi avec "la plus grande retenue" et promet de poursuivre le processus électoral qui doit conduire à des élections début 2014.

De violents affrontements dans tout le pays :



#LA SITUATION POLITIQUE

ElBaradei se retire. Le vice-président égyptien, le prix Nobel de la paix Mohamed ElBaradei, a annoncé avoir présenté sa démission au président par intérim après l'intervention sanglante. "Il m'est devenu difficile de continuer à assumer la responsabilité de décisions avec lesquelles je ne suis pas d'accord", écrit-il notamment dans sa lettre au président Adly Mansour.

#LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE INQUIÈTE

 
Barack Obama

© REUTERS

Plusieurs pays ont réagi mercredi midi après l'assaut musclé des forces de l'ordre. Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a "condamné dans les termes les plus fermes les violences". Ankara, qui s'était opposé à la destitution de Mohamed Morsi, a appelé la communauté internationale à faire cesser le "massacre", un terme également utilisé par l'Iran. Londres a "condamné l'utilisation de la force" et la Suède a fait porter la "principale responsabilité" des violences aux autorités. Le Qatar, principal soutien des Frères musulmans, a dénoncé "la méthode utilisée contre des manifestants pacifiques". Les Etats-Unis condamnent le recours à la violence contre les manifestants et s'opposent à l'état d'urgence en Egypte, a annoncé la Maison-Blanche.

La France a appelé mercredi à "l'arrêt immédiat de la répression" en Egypte et saisi l'Onu et ses principaux partenaires "pour qu'en urgence une position internationale soit prise en ce sens", a déclaré le chef de la diplomatie française Laurent Fabius. "La France condamne avec la plus grande fermeté les violences sanglantes intervenues en Egypte et demande un arrêt immédiat de la répression", a indiqué Laurent Fabius dans une déclaration. Le ministre "saisit le Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon ainsi que nos principaux partenaires pour qu'en urgence une position internationale soit prise en ce sens", ajoute le texte de la déclaration.