La famille d'un Français tué en Egypte : "On veut savoir qui a tué Eric"

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La famille d'un Français tué en Egypte : "On veut savoir qui a tué Eric"
Nicole Prost, tient la photo de son fils, Eric Lang, à côté de Karine, la soeur d'Eric.@ EUROPE 1
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La soeur et la mère d'Eric Lang, un Nantais tué au Caire en 2013, se battent depuis trois ans pour découvrir la vérité sur son décès.

TÉMOIGNAGE EUROPE 1

"On n’a aucune réponse, on est seules". Karine Lang se bat depuis trois ans, aux côtés de sa mère Nicole, 77 ans, pour que la vérité soit faite sur la mort de son frère Eric. Ce Nantais de 49 ans, qui enseignait en Egypte, est mort en septembre 2013 dans un commissariat du Caire. Depuis, les deux femmes tentent d’obtenir l’ouverture d’une enquête pour connaître les circonstances de son décès. Elles confient leur détresse, alors que François Hollande est en visite officielle au Caire lundi.

Eric Lang était un jeune trentenaire quand il est parti s’installer en Egypte pour y enseigner le français. Pendant vingt ans, il a partagé le quotidien des Egyptiens. Alors quand la révolution a éclaté en 2011, malgré la pression de sa famille, Eric a tenu à rester dans ce pays qu’il aimait profondément. "Il n’était pas militant, mais c’était un observateur de ce qui se passait là-bas. Il publiait des articles sur Facebook pour raconter ce qu’il voyait", explique sa sœur Karine, contactée par Europe 1. Mais un jour, le 6 septembre 2013, il est arrêté au Caire, officiellement, pour ne pas avoir respecté le couvre-feu. "C’est faux", rétorque sa soeur. "Il a été arrêté à 16 heures, donc bien avant le couvre-feu".  

Maman avait commencé à préparer son intérieur pour le recevoir

Le lendemain, Eric est présenté à un juge qui prononce sa libération. Pourtant, la police le maintient en détention. "On a reçu un coup de fil de l’ambassade qui nous a dit qu’il avait été arrêté et qu’il risquait d’être extradé", se souvient Karine, qui se réjouit alors de voir enfin son frère rentrer à Nantes, malgré les circonstances. "Maman avait commencé à préparer son intérieur pour le recevoir, elle avait acheté des pulls pour lui parce qu’il faisait déjà un peu froid", se souvient-elle. "On se faisait une joie de le retrouver".

  • "Ils l’ont assassiné"

Mais six jours après son arrestation, le 13 septembre, Eric est retrouvé mort dans sa cellule, au commissariat de Kasr el-Nil, au Caire. "Là, tout s’écroule autour de nous", confie Karine. Sur le télégramme que les gendarmes lui tendent, les autorités égyptiennes ont écrit qu’Eric avait été roué de coups par ses codétenus. "On s’est tout de suite dit que ce n’était pas vrai, que c’était la police qui l’avait battu à mort", poursuit-elle. "Ils l’ont assassiné".

Pour la sœur et la mère d’Eric, le calvaire commence : le dépôt de plainte, le rapatriement du corps, l’autopsie, les questions sans réponses. "Comme nous n’avions pas assez d’argent pour rapatrier le corps d’Eric, nous nous étions résolues à organiser une crémation en Egypte. Finalement, avec l’aide d’un commissaire de Nantes, nous avons pu le ramener en France", explique Karine. Le corps est autopsié. Contrairement à ce que dit l’acte de décès émis par les autorités égyptiennes, Eric n’est pas mort d’une fracture du crâne, mais de strangulation. Le médecin légiste relève aussi des traces de liens autour de ses poignets.

Si Eric s’est fait battre, ça s’entendait dans la pièce d’à côté

Depuis, Karine et sa mère essaient de savoir ce qui s’est réellement passé dans la cellule d’Eric. "Nous attendons la commission rogatoire internationale qui va permettre d’enquêter en Egypte. On veut savoir qui a tué Eric", détaille Karine. "Mais on n’a aucune réponse, on est seules. On sait que l’Egypte a jugé les codétenus. Mais aucun verdict n’a encore été rendu".

Pour les deux femmes, il est impossible que les codétenus aient pu agir ainsi sans une complicité des policiers. "Le commissariat est minuscule, il fait deux pièces. Si Eric s’est fait battre, ça s’entendait dans la pièce d’à côté", estime Karine. Elle dit ne pas comprendre pourquoi la juge d’instruction en charge du dossier, à Nantes, n’a toujours rien fait pour qu’une enquête soit lancée. "On se pose plein de questions", conclut-elle. "Et on n’a aucune réponse".