Égypte : Morsi rejette l'ultimatum

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Égypte : Morsi rejette l'ultimatum
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L’INFO - L'armée avait donné lundi 48 heures aux politiques pour résoudre la crise.

Deux jours, pas plus. Mohamed Morsi est plus que jamais sur un siège éjectable. L'opposition égyptienne, qui lui a donné jusqu'à mardi pour quitter le pouvoir, a reçu lundi l'appui de l'armée. Dans une déclaration lue à la télévision lundi après-midi, le général Abdel Fatah al Sisi n'a pas demandé explicitement la démission du président Mohamed Morsi, principale revendication des opposants. Mais le chef d'état-major de l'armée égyptienne a lancé un ultimatum de 48 heures aux responsables politiques pour "satisfaire les demandes du peuple". Celles-ci, a-t-il dit, ont été exprimées d'une manière "sans précédent" et le pays ne peut plus se permettre de perdre du temps.

Une "feuille de route". Sans issue favorable, l'armée présenterait sa propre "feuille de route" pour sortir de la crise, a annoncé le général Abdel Fatah al Sisi. Il a, en revanche, assuré que l'armée ne souhaitait plus s'impliquer en politique et au gouvernement comme elle l'avait notamment fait lors de la transition entre Hosni Moubarak et l'élection de Mohamed Morsi l'été dernier. Plus tard dans la soirée, l'armée a également rejeté les affirmations selon lesquelles son communiqué constituait un coup d’État. L'objectif est uniquement de pousser ces responsables politiques à la négociation, a assuré l'armée.

Le "non" de Morsi. L'ultimatum a été rejeté mardi matin par Mohamed Morsi. "L’Égypte ne permettra absolument aucun retour en arrière, quelles que soient les circonstances", a assuré le président égyptien, se posant en garant de la "réconciliation nationale" et de la "paix sociale".

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30.06 Les manifestants anti-Morsi réunis place Tahrir, au Caire, le 30 juin 2013. 930620

© Reuters

L'opposition menace d'une "désobéissance civile totale". Dans l'opposition, le mouvement Tamarrod (rébellion, en arabe) a salué l'ultimatum de l'armée, le qualifiant d'"occasion historique qu'il ne faut pas laisser passer" pour organiser une élection présidentielle anticipée.

Tamarrod avait, un peu plus tôt, appelé l’armée, la police et l’appareil judiciaire à "se positionner clairement du côté de la volonté populaire représentée par les foules" ayant défilé dimanche.Le mouvement avait lancé son propre ultimatum : "nous donnons à Mohamed Morsi jusqu’à mardi 2 juillet à 17 heures pour quitter le pouvoir et permettre aux institutions étatiques de préparer une élection présidentielle anticipée". Dans un communiqué publié sur Internet, le mouvement prévient que si Mohamed Morsi refuse de quitter le pouvoir, "mardi 17 heures sera le début d’une campagne de désobéissance civile totale". L’opposition prévoit notamment une grande marche en direction du palais présidentiel.

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Avant les manifestations, Tamarrod, issu de mouvements de contestation de l’époque de Moubarak, avait récolté 22 millions de signatures pour réclamer le départ de Mohamed Morsi.

"Légitimité" des Frères musulmans. L’appel de l’opposition pour de nouvelles élections a toutefois été rejeté par Mohamed Morsi. Dans une interview au quotidien britannique The Guardian, le président égyptien assurait dimanche : "si nous changions quelqu’un qui a été élu, avec une légitimité constitutionnelle, il y aurait des gens pour s’opposer au nouveau président et, une semaine ou un mois plus tard, pour lui demander de démissionner". "Il peut y avoir des manifestations et des personnes qui expriment leurs opinions. Mais ce qui est primordial dans tout cela, c’est l’adoption et l’application de la Constitution", insistait-il.

Egypte manifestation anti-morsi, 460 REUTERS

Pour Stéphane Lacroix, spécialiste de l'islam politique en Égypte, il semble de toute façon "improbable" que les Frères musulmans acceptent. "Ils considèrent qu'ils sont la légitimité" et estiment avoir "face à eux des contre-révolutionnaires", a-t-il expliqué lundi sur Europe 1. La situation dans le pays semble même "plus explosive qu'il y a deux ans et demi", car "faire tomber Morsi par la rue, cela veut dire à un moment se confronter à 2 millions, au moins, de membres [des Frères musulmans], qui n'accepteront pas un tel développement".

Quatre ministres démissionnent. Lundi, quatre ministres du gouvernement de Mohamed Morsi ont présenté, ensemble, leur démission. Les ministres du Tourisme, de l'Environnement, des Communications et des Affaires juridiques et parlementaires ont remis leurs lettres au Premier ministre, Hicham Qandil.

Le siège des Frères musulmans attaqué. Des heurts entre partisans et adversaires de Mohamed Morsi ont fait au moins seize morts dimanche. Lundi, des manifestants ont attaqué le siège des Frères musulmans au Caire. Le bâtiment, situé dans l’est de la ville, a même été envahi et mis à sac, après avoir été en partie incendié, comme le montre cette photo postée sur Twitter par un journaliste.

Aux abords de l’immeuble, des manifestants continuaient lundi à chanter des slogans hostiles à Mohamed Morsi et aux Frères musulmans. En attendant la suite de la mobilisation.