Egypte : la direction des Frères musulmans amputée

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Egypte : la direction des Frères musulmans amputée
Mohamed Badie, 70 ans, a été capturé par la police dans la nuit de lundi à mardi, avec deux autres hauts dirigeants du mouvement, dans un appartement tout près de la place Rabaa al-Adawiya.@ Reuters
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DECRYPTAGE - L’arrestation de Mohamed Badie, le Guide suprême des Frères musulmans, porte un coup à la ligne modérée de la confrérie.  

L’INFO. C’est un coup dur porté au mouvement islamiste. Le pouvoir installé par l'armée en Egypte, engagé dans une féroce répression contre les Frères musulmans du président destitué Mohamed Morsi, a décapité mardi la direction de la confrérie en arrêtant leur Guide suprême, Mohamed Badie. C’est l’un de ses adjoints, Mahmoud Ezzat, "qui assumera les fonctions de guide suprême sur une base temporaire après que les forces du coup d'État sanglant ont arrêté", selon les Frères musulmans.

>>> Quelle est la portée de cette arrestation ? Explications.

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Il a converti les Frères musulmans à la démocratie. Mohamed Badie, 70 ans, a été arrêté dans la nuit de lundi à mardi dans un appartement proche de la place Rabaa al-Adawiya, devenue emblématique pour les Frères musulmans. Ce médecin-vétérinaire, professeur des universités, est un idéologue très puissant, considéré comme un des 100 plus grands savants arabes du 20e siècle, précise le site des Frères musulmans. Pour sa proximité avec Saïd Qotb, le fondateur du djihad, il fera de la prison sous tous les présidents égyptiens : Nasser, Sadate et plus récemment Moubarak. "Il est le premier Guide élu car avant, il était désigné", explique Mathieu Guidère, islamologue joint par Europe 1. Mohamed Badie "a converti les Frères musulmans à la démocratie en imposant le suffrage universel du Guide, en imposant la création d’un parti politique, en séparant la confrérie du parti politique", renchérit ce spécialiste. Cet homme, réputé consensuel, "a une véritable notoriété, une popularité au sein des militants parce qu’il se montrait toujours conciliant entre les différents courants des Frères musulmans" qui avaient remporté coup sur coup depuis 2011 les premières élections législatives et présidentielles libres du pays,  assure de son côté, Antoine Sfeir, spécialiste de l’islam, joint par Europe1.fr. "Mohamed Badie a été mobilisateur sur les deux places que les Frères avaient occupé mais en même temps, il a toujours prôné la non-confrontation avec l’armée", ajoute-t-il.

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Il a perdu un de ses fils. Apparu une seule fois en public depuis la destitution de Mohamed Morsi, Mohamed Badie ne s'était pas rendu aux funérailles de l'un de ses fils tué vendredi au Caire dans des heurts avec les forces de l'ordre désormais autorisées à tirer sur tout manifestant considéré comme hostile. Mohamed Badie a été arrêté avant l'aube dans un appartement du Caire puis transféré à la prison de Tora au Caire, où se trouvent ses deux adjoints, Khairat al-Chater et Rachad Bayoumi, avec lesquels il sera jugé dimanche pour "incitation au meurtre" de manifestants anti-Morsi. "Les procès vont commencer. N’oublions pas que le pouvoir judiciaire a été malmené par Morsi qui a voulu y mettre la main. Rappelons que les juges de la cour constitutionnelle ont été démis de force par Morsi et que certains juges ont été écartés. Ils se sont vus remettre en selle par l’armée et il va certainement y avoir une attitude plus dure plus ferme de la part des magistrats", prédit Antoine Sfeir, spécialiste de l’islam, joint par Europe1.fr.

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La ligne modérée est en prison. Depuis le début des manifestations pro-Morsi, des milliers de responsables des Frères musulmans ont été arrêtés, dont le chef de leur parti politique et ex-président du Parlement Saad al-Katatni, également incarcéré. Cette nouvelle arrestation est-elle un coup fatale pour les Frères musulmans ? Mardi, ils ont assuré que Mohamed Badie "n'était qu'un individu parmi les millions qui s'opposent au coup d'Etat", laissant entendre que le mouvement poursuivrait sa "semaine du refus du coup d'Etat". Face à cela, rien ne semble arrêter l'armée dans sa répression des Frères musulmans, ce qui fait planer la menace d'un nouveau passage des islamistes dans la clandestinité et le retour des années noires de 1990. "Les militaires viennent de casser la ligne démocratico-modérée des Frères musulmans qui était représentée par Badie, Morsi" au profit de la ligne dure, conclut Mathieu Guidère, joint par Europe 1. Preuve en est : son remplaçant, Mahmoud Ezzat est surnommé l'homme de fer" des Frères musulmans, en référence à sa manière abrupte de diriger la confrérie.