Des "preuves accablantes" de crimes contre l'humanité en Syrie

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Des "preuves accablantes" de crimes contre l'humanité en Syrie
Dans un nouveau rapport, l’ONG Human Rights Watch dévoile son enquête de neuf mois sur les clichés rapportés de Syrie par le photographe "César".@ SAMEER AL-DOUMY / AFP
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Dans un nouveau rapport, l’ONG Human Rights Watch dévoile son enquête de neuf mois sur les clichés rapportés de Syrie par le photographe "César".

Le contexte. En juillet 2013, un photographe légiste - qui se fait appeler César - a fui la Syrie emportant avec lui 55.000 photos de corps d’opposants torturés par le régime syrien. Des documents sur lesquels l’organisation non gouvernementale Humas Rights Watch (HRW) s’est penchée pendant neuf mois pour vérifier leur véracité.

Les clichés sont terribles : des yeux arrachés, des corps décharnés, avec des lésions sur le dos ou le ventre et des centaines de cadavres gisant dans un hangar, au milieu de sacs plastiques devant servir à les enterrer. L'ONG a étudié 28.707 photographies de "César", cet ex-photographe de la police militaire syrienne. Et les conclusions de l’ONG sont sans appel : ces clichés sont la preuve "accablante" de crimes contre l'humanité.

Des dizaines de récits vérifiés. Pour mener son enquête, l’ONG a méticuleusement vérifié des dizaines de récits. "Nous sommes certains que les photographies de César sont des preuves authentiques et accablantes de crimes contre l'humanité en Syrie", affirme Nadim Houry, vice-président de Human Rights Watch pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.

Des témoignages clefs. HRW a interviewé 33 proches de 27 victimes identifiées, 37 anciens prisonniers qui ont vu des personnes mourir en détention et quatre anciens gardiens de centres de détention ou hôpitaux militaires qui ont fait défection.

"Ahmad était une âme, il est devenu un simple numéro"

La terrible histoire d’Ahmad, 14 ans. Ahmad al-Musalmani avait 14 ans quand il a été arrêté en août 2012 parce qu'il avait sur son téléphone portable une chanson anti-Assad. Il essayait de passer la frontière libanaise pour assister à l'enterrement de sa mère. Son oncle, un ancien avocat, raconte dans la vidéo ci-dessus qu’il a payé plus de 14.000 dollars (12.00 dollars) pour sa libération, en vain.

Quand les photos de César ont été publiées, Dahi al-Musalmani a reconnu son neveu. "Ce fut le choc de ma vie. Je l'ai cherché pendant 950 jours. Avant de mourir sa mère m'avait dit : 'je le laisse sous ta protection. Quelle protection aurais-je pu lui donner? Ces photographies représentent une infime partie des personnes qui sont mortes alors qu'elles étaient détenues dans les geôles syriennes. Des milliers d'autres subissent le même destin", insiste l’oncle de l’adolescent disparu.

Sur les corps des victimes, un numéro a été déposé avant qu’ils ne soient photographiés. "Ahmad était une âme, il est devenu un simple numéro", poursuit l’homme, en pleurs. "Ceux qui oeuvrent pour la paix en Syrie doivent s'assurer que les personnes qui ont supervisé ce système répondent pour leurs crimes",  ajoute-t-il, en référence aux pays qui prennent part aux pourparlers sur l'avenir du pays.

Ce rapport intervient à un moment où les pays occidentaux, notamment la France, ne font plus du départ du président Bachar al-Assad une priorité, concentrant leurs efforts dans la lutte contre le groupe djihadiste Etat islamique (EI) qui sévit en Syrie et qui a revendiqué une série d'attentats spectaculaires à Paris ayant fait 130 morts.