Des gardiens d'Auschwitz rattrapés par leur passé

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Des gardiens d'Auschwitz rattrapés par leur passé
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En Allemagne, une vaste enquête a été lancée par un office spécialisé dans les crimes nazis.

L'INFO. Ils étaient en quelque sorte les "serviteurs" du 3e Reich mais la justice aimerait établir plus clairement leurs responsabilités dans l'appareil d'extermination de l'Allemagne nazie. Plus de soixante ans après les faits, le Centre national d'enquête de Ludwigsburg en Allemagne a lancé une vaste enquête contre cinquante gardiens, tous âgés de 85 à 90 ans, qui ont servi au camp d'Auschwitz-Birkenau, révèle cette semaine des journaux régionaux du groupe allemand WAZ. Entre 1942 et 1945, ce camp d'extermination, située dans la Pologne occupée, était le plus grand de l'Allemagne nazie.

Où en est l'enquête ? Selon le procureur Kurt Schrimm, les enquêteurs auraient les noms et les adresses des suspects qui pourraient être accusés de complicité de meurtre. "Depuis des dizaines d'années, il existait une liste recensant les gardiens du camp d'Auschwitz-Birkenau dont on ne sait si elle est exhaustive", détaille le procureur. "Après l'avoir complétée en puisant dans les archives d'Auschwitz, nous sommes arrivés à un total d'un millier de noms que nous avons passés au crible pour identifier les survivants", précise Kurt Schrimm.

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C'est désormais aux magistrats d'établir pour chacun d'entre eux les responsabilités et les poursuites qui sont encore possibles. Et ce, via trois questions : "à quelle compagnie appartenait-il ? Quand était-il à Auschwitz ? Combien d'hommes, de femmes et d'enfants ont été assassinées dans cette période-là ?", s'interroge le procureur Kurt Schrimm.

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© REUTERS

Comment cette enquête a-t-elle été possible ? Depuis la condamnation en Allemagne en mai 2011 de John Demjanjuk, un apatride, à cinq ans de prison, il suffit d'avoir eu n'importe quelle fonction dans un camp de concentration pour être condamné de complicité de meurtre. Et ce même si faute de témoin, une participation directe ne peut plus être prouvée, d'après Kurt Schrimm.

Mort en mars 2012, John Demjanjuk avait été condamné pour participation au meurtre de plus de 27.900 juifs lorsqu'il était gardien du camp nazi de Sobibor en Pologne en 1943. Après la guerre, il s'était exilé aux Etats-Unis et avait fondé une famille, avant son expulsion vers la Bavière en mai 2009.

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Cette enquête a-t-elle des chances d'aboutir ? Les premiers dossiers de cette vaste enquête doivent être finalisés d'ici trois à quatre mois. Mais tous ne devront sans doute pas répondre de leurs actes. "Si cinq ou dix d'entre eux sont traduits en justice, je crierai alléluia en plein centre de Berlin", prédit déjà le chasseur de nazis Efrai Zuroff, responsable du centre Simon-Wiesenthal à Jérusalem, interrogé par Le Figaro. D'autant que ceux qui ont déjà été jugés dans le cadre d'un autre procès pour avoir servi à Auschwitz-Birkenau ne peuvent pas être rejugés.

Dans le viseur des enquêteurs également, "les autres camps d'extermination" ainsi que "les groupes d'intervention", les Einsatzgruppen, ces unités de police militarisées chargées de liquider des juifs, des tsiganes et des communistes. Mais tous sont très âgés et la lenteur de la justice pourrait avoir raison d'un jugement en bonne et due forme. L'Express rappelle le cas de Johann Breyer, cet ex-gardien d'Auschwitz, actuellement aux Etats-Unis, et dont la procédure lancée fin août 2012 n'a toujours pas abouti. Il a aujourd'hui 87 ans.