D-day : "Les Allemands étaient persuadés que c'était un code très sophistiqué"

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INTERVIEW - De 1943 à 1945, Noreen Riols était espionne dans l’armée secrète de Churchill. Elle raconte.

Avant d'avoir cinq enfants, 9 petits-enfants, 8 et bientôt 9 arrière-petits-enfants, Noreen Riols a mené une vie dont sa famille ne sait pas grand chose. De 1943 à 1945,elle était espionne dans l’armée secrète de Churchill et faisait partie de la section F de la "special operations executive".

"Je crois que mon mari soupçonnait". Ce n'est que depuis 2000 que cette Anglaise peut parler de cette vie extraordinaire. "Je n'avais pas le droit de parler pendant 60 ans, vous savez. Ce n'est que depuis 2000 que les dossiers secrets ont été ouverts au public. Jusque-là, nous étions soumis au secret d'Etat", confie-t-elle à Thomas Sotto.

Ainsi Noreen Riols a vécu aux côtés de son mari sans rien pouvoir lui dévoiler. Mais "je crois que mon mari soupçonnait [mes activités, NDLR]. Mes parents, en revanche, sont morts sans jamais savoir", raconte-t-elle au micro d'Europe1.

J'aidais les futurs agents. Au sein de la section F de l'armée secrète de Churchill, elle occupait le poste de secrétaire. "Je faisais à peu près tout, vous savez. J'avais le nom de secrétaire. On avait tous des noms comme ça, mais... c'était une couverture", révèle la vieille dame. "Je faisais plutôt le "decoy", si vous savez ce que ça veut dire. C'était à moi d'aider à l'entraînement des futurs agents. De leur montrer comment suivre quelqu'un sans être aperçu", ajoute-elle, précisant que son rôle était aussi de les tester. "Dans les hôtels, on dînait avec eux et on essayait de les faire parler. S'ils parlaient, c'était dramatique".



Contrairement à ce que croyaient les Allemands, cette armée secrète ne s'entrainait pas en France mais dans le sud de l'Angleterre. "Nous étions tranquilles, mais je sais qu'ils ont tout essayé en France pour savoir où ça se passait. Sauf que nous étions en Angleterre, dans le sud de l'Angleterre", glisse-t-elle avec un petit sourire d'amusement.

"J'aimais beaucoup les chapeaux. Je trouvais que c'était très séduisant". C'est très jeune, à 17 ans que Noreen Riols a été enrôlée dans cette drôle d'armée. "A cette époque-là, pendant la guerre, tous les jeunes de mon âge étaient obligés, s'ils étaient à l'école - et j'étais au lycée français de Londres - de travailler dans une usine d'armements, une option qui ne m'intéressait absolument pas, ou de faire partie des forces armées", se souvient l'ancienne espionne.

Cet immeuble, c'était le QG de Chruchill. "Moi, j'avais décidé de m'engager dans la force navale. J'aimais beaucoup les chapeaux. Je trouvais que c'était très séduisant, beaucoup plus que les autres. Mais quand je suis allée signer mon engagement, j'ai été envoyée au bureau des affaires étrangères et là, j'ai été enfermée dans une espèce de placard à balai sans fenêtre avec un officier supérieur qui a commencé à me poser un tas de questions qui n'avaient rien à voir avec la Marine" se souvient Noreen Riols.



"Il m'a envoyé dans un autre bureau et je commençais à m'inquiéter : quand est-ce que je vais avoir mon chapeau séduisant ? Et finalement, je me suis trouvée devant ce grand immeuble en plein centre de Londres", poursuit-elle. Cet immeuble, c'était en fait le quartier général de l'armée secrète de Churchill.

"Les Allemands étaient persuadés que c'était un code très sophistiqué". L'ancienne espionne confie également se souvenir parfaitement de la journée du 6 juin 1944. "Oh quelle journée. On attendait le message que les Français dans la Résistance et tous les agents attendaient depuis deux ou trois ans : les carottes sont cuites !", raconte-t-elle.

"Quand le message est passé à la BBC, parce qu'il y avait au moins 7 ou 8 émissions chaque jour vers la France, le plus important est passé vers 7h. On entendait : "Ici Londres, les Français parlent aux Français." Et à la fin, il y avait : "Voici des messages personnels", et ces messages étaient complètement débiles. Ils étaient tellement bêtes que les Allemands étaient persuadés que c'était un code très sophistiqué. Ils avaient passés des heures à essayer de décoder. Mais ils ne pouvaient pas, parce qu'il passait en clair. On savait que le message qui annonçait le Débarquement était : "Les carottes sont cuites". Et quand on a entendu ça, c'était la joie", se souvient l'espionne.

"Très très touchée par les jeunes d'aujourd'hui". Noreen Riols confie également être "très très touchée par les jeunes d'aujourd'hui. Ils sont très, très intéressés [par l'Histoire et le débarquement, NDLR] et ils feraient la même chose. On dit beaucoup de mal des jeunes d'aujourd'hui, mais je crois qu'ils sont formidables. Ils n'ont pas eu l'occasion de montrer leur valeur. Si l'occasion se présentait - j'espère que ça ne se présentera jamais -, ils le feraient", conclut-elle.

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