Cristina de Bourbon, la princesse chassée du paradis

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Cristina de Bourbon, la princesse chassée du paradis
@ AFP
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PORTRAIT – Jugée à partir de lundi pour fraude fiscale, la princesse espagnole a été progressivement écartée, par la famille royale, des cérémonies officielles.

Cristina d'Espagne, princesse moderne, drôle, sportive et diplômée, est depuis quatre ans la paria de la famille royale, interdite de cérémonies officielles. Mais elle refuse résolument de lâcher son mari, l'ancien sportif Iñaki Urdangarin, accusé de malversations. Ils comparaissent tous les deux lundi devant le tribunal de Palma de Majorque, cinq ans après l'ouverture d'une enquête judiciaire. Cinq années au cours desquelles la vie de la princesse a radicalement changé.

Une enfance protégée. Née le 13 juin 1965 à Madrid, Cristina était réputée la plus vive et la plus indépendante des trois enfants des souverains Juan Carlos et Sofia. Une de ses biographes, Consuelo Leon, l'a cependant décrite comme "timide et introvertie", après une enfance "très protégée dans une école conçue pour l'aristocratie madrilène".

Des études brillantes. Intellectuelle et sportive, passionnée de voile, elle fait sensation à 19 ans en choisissant d'étudier les sciences politiques à l'université Complutense de Madrid, faculté des plus contestataires, où elle suit les cours avec sa discrète garde du corps. Après un master en relations internationales à New York, la voici qui s'installe à Barcelone, s'éloignant, à 27 ans, du couple parental déchiré par les infidélités du roi.

Un mariage catalan. En 1997, ses noces avec un roturier - le handballeur vedette du FC Barcelone Iñaki Urdangarin - marquent l'apogée de la popularité de la famille royale. Radieuse sous un diadème serti de diamants, "l'infante catalane" offre au pays un rare moment de communion nationale en épousant à Barcelone un natif du Pays basque.

"C'est elle qui était tombée éperdument amoureuse d'Iñaki", assure Jaime Peñafiel, chroniqueur controversé des grandeurs et décadences de la royauté. Et, "en dépit de tous les présumés délits et infidélités de son mari, elle reste amoureuse, prête à l'accompagner jusqu'en prison", assure-t-il, notant que Cristina est restée sourde aux injonctions de son père et de son frère qui souhaitent le divorce.

Le scandale éclate. L'année 2004 marque un changement de train de vie pour le couple qui acquiert à Barcelone un hôtel particulier à 6 millions d'euros. "D'où vient l'argent ?", s'interroge le quotidien espagnol El Mundo, qui évoque des suspicions sur la façon dont Urdangarin, à la tête de l'institut Noos, jongle avec fonds publics et privés.

L'ancien champion olympique de handball, reconverti en homme d'affaires, est soupçonné d'avoir détourné 6,1 millions d'euros d'argent public avec son ancien associé, Diego Torres, alors qu'il présidait entre 2004 et 2006 une société à but non lucratif, l'institut Noos. La justice s'interroge alors sur les liens de la princesse Cristina avec les activités frauduleuses présumées de son époux.

Quand le scandale éclate, fin 2011, en pleine crise économique, le couple incarne soudain "pour les Espagnols 'les méchants du film'", assure la spécialiste de la famille royale Ana Romero. Ils sont alors perçus comme "égoïstes et hédonistes" soupçonnés d'avoir payé, avec de l'argent détourné, travaux de décoration, fêtes de famille ou cours de salsa.

Exilée à Washington, puis à Genève depuis 2013, Cristina reste salariée de la fondation de la banque La Caixa et de l'Aga Khan, ami de son père, qui reste son principal employeur, dans sa fondation en Suisse. Sourire forcé ou larmes aux yeux, elle a enduré les moqueries de la presse satirique et les huées aux abords du tribunal de Palma lors de sa première audition, filmée à son insu.

Exclus peu à peu. "Cristina n'accepte pas ce qui s'est passé. Depuis 2011, elle et son mari ont été exclus des activités de la Maison royale et leur expulsion du paradis a été d'autant plus douloureuse qu'elle s'est faite progressivement", assure Ana Romero, auteure d'un livre sur la fin du règne de Juan Carlos Ier, contraint d'abdiquer en 2014, ébranlé par divers scandales dont l'affaire Noos.

La rupture avec son frère. Le petit frère dont elle était si proche, Felipe, ne l'a pas invitée à partager le jour le plus important de sa vie : sa proclamation en tant que roi, le 24 juin 2014. Puis, deux jours avant le 50e anniversaire de Cristina, le 11 juin 2015, Felipe VI lui a retiré le titre de duchesse de Palma, reçu en cadeau de mariage.

"Seulement" jugée pour fraude fiscale. Pendant des années, le juge chargé de l'enquête a tenté de démontrer que l'infante était parfaitement au courant des affaires de son mari et avait personnellement profité des sommes en cause. Il a cependant fait face à la ferme résistance du procureur, qui a requis un non-lieu pour Cristina. Finalement l'infante a échappé aux poursuites pour trafic d'influence et blanchiment d'argent et n'est accusée que de fraude fiscale, une inculpation demandée par l'association d'extrême droite Mains Propres, partie civile, qui réclame à son encontre huit ans de prison.

Urdangarin sera lui jugé pour détournements, fraude fiscale, trafic d'influence, escroquerie et blanchiment d'argent. Le parquet a requis 19 ans d'emprisonnement. En l'absence de poursuites du parquet et du Trésor public, la soeur du roi garde encore une chance d'échapper au procès.