Crise diplomatique au Moyen-Orient : "Il n'y a pas de preuves" que le Qatar soutient le terrorisme

Pour Frédéric Encel, spécialiste du Moyen-Orient, "il n'y a pas de preuves" que le Qatar soutient le terrorisme.
Pour Frédéric Encel, spécialiste du Moyen-Orient, "il n'y a pas de preuves" que le Qatar soutient le terrorisme. © Capture d'écran Europe 1
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G.D , modifié à
L'Arabie saoudite et ses alliés ont rompu toute relation diplomatique avec le Qatar, qu'ils accusent de soutenir le "terrorisme". Pour Frédéric Encel, spécialiste du Moyen-Orient, "il n'y a pas de preuves" que cette accusation soit fondée.
INTERVIEW

Depuis lundi, le Qatar est isolé. L'Arabie saoudite, l'Égypte, Bahreïn, le Yémen et les Émirats arabes ont annoncé leur rupture diplomatique avec le Qatar, qui selon eux, soutient le "terrorisme". Une accusation fondée ? "Il n'y a pas de preuves. En tout cas, je n'en ai pas personnellement", répond Frédéric Encel, maître de conférences à Sciences-Po Paris et spécialiste du Moyen-Orient, au micro d'Europe 1, mardi.

"Cela dit, nombre de chancelleries, en Occident et dans les pays arabo-musulmans, considèrent que des grandes familles qataries sont extrêmement riches et très autonomes, financent des associations soi-disant de bienfaisance islamique, qui sont en réalité des groupes islamistes radicaux", précise-t-il toutefois. Un soutien personnel, donc, mais pas d'Etat. C'est en tout cas la défense du Qatar qui explique "qu'en son sein, chacun peut disposer de ses fonds comme il en a envie". Cependant, pour Frédéric Encel, cette posture "risque de ne plus tenir".

"Des familles ont soutenu directement Daech." "Il y a des familles qui ont soutenu directement Daech", assure-t-il. Et cela s'explique assez facilement. Bachard al-Assad, le président syrien, "est détesté par les pétromonarchies, à la fois comme nationaliste et comme chiite". Cela a donc poussé des familles ultra-conservatrices, "au Qatar mais aussi en Arabie saoudite et dans le reste de la péninsule", à "directement financer ou laisser financer des groupes djihadistes".

"Le chameau qui se moque du bossu." Mais pour Frédéric Encel, la stigmatisation du Qatar par l'Arabie saoudite, "c'est un peu le chameau qui se moque du bossu" : "On a affaire à des régimes qui sont de même nature mais qui sont localement rivaux." "Le Qatar est dirigé par un régime ultra-conservateur, de type wahhabite. Exactement comme celui qui prévaut à Riyad en Arabie saoudite. (...) Le wahhabisme soutient, depuis les années 70, des groupes radicaux, des prêcheurs de haine, dans nos banlieues mais aussi dans l'Afrique sahélienne, au Pakistan et une grande partie du monde musulman et non-musulman. C'est un véritable problème !", explique-t-il.