Coup de filet contre la Camorra

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Coup de filet contre la Camorra
Une cinquantaine de personnes dont un proche de Berlusconi ont été arrêtées après un coup de filet visant le clan mafieux de la Camorra. Photo prise en mai 2010 lors d'une précédente arrestation.@ REUTERS
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En Italie une cinquantaine de personnes ont été arrêtées. Parmi elles, un proche de Berlusconi.

La mafia napolitaine vient de prendre un coup sévère. La police de la ville a annoncé mardi l'arrestation d'une cinquantaine de membres de la Camorra. Cette opération a notamment permis d’impliquer Nicola Cosentino, député et ex-membre du gouvernement Berlusconi.

Mafieux, entrepreneurs et politiques impliqués

Au cours de cette vaste opération, les policiers ont pu mettre sous séquestre 100 millions d'euros de biens dont des cimenteries impliquées dans la construction d'un centre commercial. "Sur les 52 mandats d'arrêt délivrés par la justice, nous avons dans les faits arrêté 47 personnes et cinq se trouvaient déjà en prison", a expliqué la direction régionale antimafia de Naples.

Parmi les personnes arrêtées, figurent l'ancien maire de Casal di Principe, Cipriano Cristiano, des responsables techniques municipaux, deux dirigeants du groupe bancaire Unicredit, ainsi que plusieurs entrepreneurs. Cinq personnes ont en outre été assignées à résidence, dans l'opération qui visait deux familles du clan des Casalesi, protagonistes du roman-enquête adapté au cinéma "Gomorra" de Roberto Saviano.

Un proche de Berlusconi impliqué

La justice a surtout demandé l'arrestation de Nicola Cosentino, ex-secrétaire d'Etat à l'Economie de l'ancien gouvernement de Silvio Berlusconi, protégé par l'immunité que lui confère son mandat de député du PDL, le parti du Cavaliere. Une commission de la Chambre des députés devra rendre son avis sur cette requête. Il reviendra à l'ensemble des élus de trancher.

L'enquête vise également un autre membre du PDL, le président du département de Naples, Luigi Cesaro. Il aurait été aux côtés de Nicola Cosentino pour solliciter un prêt conséquent auprès de la banque Unicredit à Rome.

Association de malfaiteurs, fraudes, blanchiment

Toutes les personnes impliquées, dont des dirigeants de succursales bancaires, sont soupçonnées, à des degrés divers, d'association de malfaiteurs de type mafieux, d'extorsion, de fraude, faux ou blanchiment d'argent.

L'enquête a mis au jour une collusion entre des fonctionnaires municipaux de Casal di Principe, fief du clan mafieux des Casalesi, avec d'importants hommes politiques de la région et des cadres bancaires. C’est un projet de centre commercial qui est au cœur de l’enquête.

La police affirme que les élections locales ont aussi été truquées en échanges de financement ou de promesses d’emploi. "Ce projet était parfaitement conforme à la stratégie du clan des Casalesi : obtenir le contrôle des activités économiques, non seulement pour réaliser des profits illégaux, mais aussi pour avoir le soutien de l'opinion publique et pour que les votes favorisent des personnes proches du groupe", écrit la Direction régionale antimafia dans un communiqué.

Une arrestation qui freine l’expansion

Contrairement à Cosa Nostra, autre clan mafieux d’origine rural et très vite ouvert à l’international, la Camorra originaire de la région Campanie ne s’est ouvert au marché mondial que bien après son rival. Spécialisée, au départ, dans l’extorsion de fonds (pizzo), dans les jeux clandestins (La Morra) ou dans la contrebande, la Camorra diversifie ses activités depuis une vingtaine d’années.

Trafic de drogue et de cigarette mais également trafic de déchet : la Camorra détient le monopole du ramassage d’ordure dans toute la Campanie. La famille Casalesi est surtout à la pointe de la fraude aux subventions européennes dont celles liées au traitement des déchets "toxiques".