Costa : trois jours à la dérive

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Costa : trois jours à la dérive
@ Reuters
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RÉCIT - Des naufragés racontent "la peur" à l'idée de connaître le même sort que le Concordia.

Les images du naufrage du Costa Concordia, ce paquebot à moitié immergé au large d'une île italienne, étaient bel et bien dans tous les esprits du Costa Allegra. Alors que ces touristes ont enfin débarqué jeudi, aux Seychelles, le récit de l'incendie puis de leurs trois jours de dérive dans l'océan Indien se dessine enfin.

Lundi. "L'alarme incendie s'est déclenchée à l'heure du déjeuner, alors que tout le monde mangeait", raconte Terry Campbell, un serveur hondurien de 32 ans.

"Des gens se sont rués vers la porte, d'autres sont restés plutôt calmes. Tout l'équipage s'est précipité sur le pont pour préparer les chaloupes, on a tout laissé tomber d'un coup", se souvient-il.

Les 627 passagers sont alors préparés à évacuer. "Ils ont enfilé les gilets de sauvetage et ont été emmenés vers les chaloupes", raconte, ému et fatigué, le capitaine du navire, Nicolo Alba, le visage mangé par la barbe. Le navire transportait également 413 membres d'équipage et neuf militaires italiens embarqués pour parer à toute attaque des pirates somaliens qui fraient dans les eaux de la région.

Samuel Almeida, un serveur péruvien de 22 ans, a ensuite pris soin de vérifier que tout le monde avait enfilé son gilet. Il se souvient avoir "dû calmer un couple âgé qui était très énervé". "Il y avait beaucoup de fumée noire et l'odeur était épouvantable, surtout dans le mess, où mange l'équipage. Le courant s'est coupé tout de suite et tout est tombé en panne, notamment l'eau et la climatisation", ajoute-t-il.

"On pensait que le pire était arrivé"

Chris avoue avoir eu très peur. "On était prêts à grimper dans les bateaux de sauvetage, on pensait que le pire était arrivé. Je ne pouvais pas y croire après ce qui est arrivé à l'autre bateau de croisière, je me voyais devoir sauter à l'eau pour en réchapper. Ma femme était terrifiée", se souvient-il.

Au bout d'une heure, l'équipage vient à bout du feu qui s'était déclaré dans une salle des machines. Il faudra attendre encore deux heures pour s'assurer que l'incendie est parfaitement éteint et que les mesures d'urgence soient levées.

Mais le circuit électrique est hors service. Le générateur diesel de dépannage, placé dans un autre compartiment, tombe en panne trois à quatre heures après l'incendie pour une raison encore inconnue, selon le capitaine.

Des batteries permettent néanmoins de conserver les moyens de communication. La Costa Allegra est désormais à 200 milles marins, soit 380 km de Mahé, principale île des Seychelles. Ce bateau, un vieux porte-conteneurs reconverti en bateau de croisière, dérive désormais au milieu de l'océan Indien.

"Il y avait plein de boissons sans alcool"

Mardi. Dès l'aube, le thonier français Trévignon se porte à la rencontre du navire pour le prendre en remorque. En cabines et en salles, faute d'air conditionné, la chaleur est étouffante. Sans compter l'odeur des toilettes dont les chasses d'eau sont désormais hors service. Pour échapper à cet enfer, les passagers se réfugient sur le pont.

Le bar est ouvert durant en permanence. Les passagers "n'ont pas pu avoir de vodka tonic, mais il y avait plein de boissons sans alcool", tient à souligner Gino, un barman philippin.

Jeudi. L'Allegra est enfin arrivé à bon port. Les passagers descendent par petits groupes l'échelle de coupée. La majorité d'entre eux sont des personnes d'âge mûr ou du troisième âge. Un peu déboussolés, ils partent à la recherche de leurs bagages, descendus à l'avance par des petits bateaux.

Plus de la moitié des passagers ont choisi de se remettre de leurs émotions aux Seychelles, aux frais de la compagnie. Les autres rentreront chez eux dès jeudi soir par des vols spéciaux.