Corée du Nord/États-Unis : "On se rapproche chaque jour un peu plus de l'impensable"

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La joute verbale entre Washington et Pyongyang fait plus que jamais resurgir la crainte d'un conflit nucléaire.

INTERVIEW

L'escalade des menaces verbales entre Donald Trump et Kim Jong-Un fait craindre une terrible issue. Jeudi, le président des États-Unis a défendu sa formule controversée de mise en garde à la Corée du Nord, à qui il a promis "le feu et la colère", estimant qu'elle n'était "peut-être pas assez dure". Pour Corentin Sellin, spécialiste des États-Unis, cette nouvelle sortie est "incompréhensible". "Elle vient après le détail fourni par la Corée du Nord d'un plan de lancement de quatre missiles autour de la base américaine de Guam dans le Pacifique", rappelle-t-il sur Europe 1, vendredi matin. "Au lieu de calmer le jeu, de chercher l'apaisement, Trump en a rajouté une couche. On se demande vraiment ce qu'il cherche et s'il a une stratégie déterminée derrière tout cela", craint-il.

"Comment Trump pourrait-il compromettre l'avenir du monde ?" Peu de temps après cette nouvelle déclaration du 45e président américain, le ministre de la Défense, Jim Mattis, a reconnu qu'une éventuelle guerre entre les deux pays serait "catastrophique". Car c'est bien cette menace qui plane, depuis quelques jours. Et il y a de quoi s'inquiéter, selon Corentin Sellin. "Donald Trump n'a aucun contre-pouvoir sur sa capacité à décider une frappe nucléaire. S'il décide de lancer une frappe nucléaire de première intention, personne ne peut l'en empêcher", affirme-t-il. "Par ces personnalités instables, et par les nouvelles provocations de Trump, on se rapproche chaque jour un peu plus de l'impensable. Mais cela reste impensable", temporise le spécialiste. "Comment imaginer que la Corée du Nord puisse sacrifier 25 ans d'efforts pour une destruction certaine si elle engageait un conflit avec les États-Unis ? Et comment Trump pourrait-il compromettre l'avenir du monde ?"

Washington prise entre deux eaux. À la Maison-Blanche, le magnat de l'immobilier est partagé entre deux camps aux avis divergents sur la question nord-coréenne. "D'un côté, les généraux : (James) Mattis au Pentagone et (H.R.) McMaster, chef du Conseil de sécurité nationale, sont favorables, comme lui, à une très grande fermeté. De l'autre côté, et de façon assez surprenante, on a Steve Bannon, son conseiller politique, son éminence grise sur une ligne nationale identitaire. Il n'est pas très favorable à une intervention contre la Corée du Nord car il préférerait se concentrer sur le véritable ennemi, selon lui : la Chine", indique Corentin Sellin. 

Et si Donald Trump montre les muscles, c'est aussi, selon Corentin Sellin, pour "se rassurer". En effet, le président est "en grande difficulté sur la scène intérieure actuellement". "On voit dans les sondages les premières fissures dans son socle électoral. Par ces déclarations martiales, on voit bien qu'il cherche aussi à réaffirmer son rôle de chef de guerre et son statut de président", conclut le specialiste.