Concordia : l'enquête, la controverse

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Concordia : l'enquête, la controverse
Le Concordia a-t-il dévié de sa trajectoire habituelle ?@ MAXPPP
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L'armateur Costa a accablé dimanche soir le commandant du Concordia.

Une croisière de rêve en Méditerranée : voilà, en théorie, ce qui attendaient les plus des 3.000 touristes à bord du Costa Concordia. Le rêve a viré au cauchemar vendredi soir vers 18 heures avec l’échouage du navire au large de l’Italie près de l'île du Giglio. Le "temple du divertissement" s’est transformé en cercueil pour au moins cinq personnes dont deux touristes français. Comment l’invraisemblable a-t-il pu se produire ? Où en est l’enquête alors que la controverse bat son plein en Italie ? Europe 1.fr fait le point.

Costa charge le commandant du Concordia

Que sait-on de l’accident ? Il s'est produit vendredi soir quand le Costa Concordia, transportant 4.229 personnes dont une majorité de touristes italiens, français et allemands, a heurté un rocher.

Le commandant "s'est approché de manière très maladroite de l'île du Giglio, a heurté un rocher qui s'est encastré dans son flanc gauche, faisant s'incliner (le navire) et embarquer énormément d'eau dans l'espace de deux, trois minutes", détaillé le procureur de Grosseto Francesco Verusio à la presse. Le commandant s'était auparavant défendu en affirmant avoir "heurté un éperon rocheux" qui ne figurait pas sur les cartes nautiques, une hypothèse exclue par les garde-côtes.

Où en est l’enquête ? Que reproche-t-on au commandant ? Les "boîtes noires" du navire - c'est-à-dire les enregistrement des conversations dans la cabine de pilotage - ont été récupérées et saisies par la justice. Le commandant a été arrêté samedi. Les accusations contre son premier officier et lui sont graves : homicide multiple, naufrage et abandon du navire. Car le commandant a quitté le navire bien avant l'évacuation des derniers passagers, a indiqué dimanche le procureur en charge de l'enquête.

Dimanche soir, Costa a chargé le commandant du Concordia : "il semble que le commandant ait commis des erreurs de jugements qui ont eu de graves conséquences" et que "ses décisions dans la gestion de l'urgence n'aient pas suivi les procédures de Costa Crociere qui sont en ligne avec les standards internationaux", poursuit la compagnie.

La capitainerie du port de Livourne, le plus important de Toscane, a ouvert une enquête sur les causes de l'accident et sur la façon dont les passagers ont été secourus. Le ministère des Infrastructures a lui aussi ouvert une enquête. Plusieurs rescapés français entendent, de leur côté, porter plainte contre Costa Croisière.

Le manque de préparation de l’équipage en question. L’accident survenu, le commandant s'est d’abord voulu rassurant en annonçant une simple panne électrique. Puis, "il y a eu l'alarme pour avarie, deux coups de sifflets longs suivis d'un court et nous avons gardé notre calme pour éviter de faire paniquer les passagers", a indiqué une animatrice du navire, selon qui "l'abandon du navire a été décidé deux heures plus tard".

Des "scènes d'apocalypse" et de "panique" avec des bousculades entre passagers cherchant à monter sur les chaloupes ont été rapportées par plusieurs témoins. "Il y a eu des problèmes au moment où les chaloupes ont été descendues à la mer" et le pilote de son canot "a dû être remplacer", alors que certains gilets de sauvetage "ne fonctionnaient pas, de même que les lumières" d'urgence, a ainsi relaté une passagère journaliste en dénonçant l'impréparation de l'équipage.

Que "cela ne se reproduise plus jamais"

Le navire a-t-il dévié de la trajectoire prévue ? C’est la question principale à laquelle vont devoir répondre les enquêteurs. Selon un passager français, le navire était en effet très près des côtes du Giglio, à 1.500 mètres, vendredi soir. Trop près ? Un journaliste habitant sur l'île a évoqué un navire venu parader "toutes lumières allumées" pour saluer les habitants du Giglio.

Des témoignages aussitôt contredits par le directeur général de Costa Crociere : il "n'est pas correct de dire que le bateau était en dehors de sa route" habituelle, a souligné ce dernier. Pour lui, la seule chose certaine c'est que "le navire a heurté un rocher" et ensuite l'évacuation du bateau a été rendue plus difficile par l'inclinaison soudaine du navire, d'abord penché à 20 degrés et maintenant à 80, et donc presque couché sur le flanc.

Après avoir exprimé "sa grande douleur aux personnes qui souffrent", aux familles des passagers et membres d'équipage, il a promis de "collaborer avec les autorités pour effectuer toutes les vérifications nécessaires", a indiqué le dirigeant de Costa Crociere. C'est un accident "qui n'a pas de précédent en 60 ans d'histoire de la compagnie", a-t-il souligné, en se disant décidé à faire en sorte que "cela ne se reproduise plus jamais".