Commission européenne : gare au psychodrame

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Commission européenne : gare au psychodrame
José Manuel Barroso, bientôt ex-président de la Commission européenne@ Reuters
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Le bras de fer commence entre dirigeants et députés fraîchement élus, pour désigner le puissant successeur de José Manuel Barroso à la tête de la Commission.

Après les élections de dimanche dans l’Union européenne, le nouveau visage du Parlement européen commence à se dessiner. Les eurosceptiques en pleine forme, les conservateurs en tête malgré leur chute, l’extrême-gauche pointe le bout de son nez… Quelques inconnues demeurent pourtant, le plus pressant concerne le nom du puissant président de la Commission européenne.

Après ce scrutin choc, les Vingt-huit doivent en effet trouver un successeur à José Manuel Barroso, resté dix ans en poste. Mais pour ce faire, le Conseil européen, qui réunit les chefs d’Etat ou de gouvernement des vingt-huit pays membres, va devoir se mettre d’accord avec le Parlement européen fraîchement élu. Pas gagné.

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Le Parlement européen a pris les devants. Pourquoi va-t-il être si compliqué de désigner le président de la Commission européenne ? C’est le Conseil européen (les présidents ou Premiers ministres de l'UE) qui désigne le futur président de la Commission. Théoriquement, il doit respecter au mieux les tendances du scrutin européen, mais sans forcément consulter le Parlement en amont. Ce dernier n'a comme seul pouvoir que celui de valider, ou non, le candidat proposé par le Conseil européen

Or depuis toujours, le Parlement européen entretient des relations compliquées et parfois conflictuelles avec le Conseil européen. Et cette opposition se cristallise lors de la nomination du chef de la Commission, qui a un large pouvoir : celui d’initier les législations de l’Union européenne.

Cette fois, et pour la première fois, les eurodéputés ont pris les devants en proposant d’eux-mêmes des candidats. C’est donc le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, champion de la droite conservatrice, qui aurait gagné la course à la Commission, comme il l’a lui-même affirmé au soir du scrutin.

Pourquoi, alors, doit-on s’attendre à un tel bras de fer ? Tout simplement car rien n’oblige le Conseil européen à suivre les propositions du Parlement et donc à désigner Jean-Claude Juncker. Angela Merkel, la chancelière allemande, a d’ores et déjà parlé de "discussions" à venir pour choisir le successeur de Barroso. Un bel euphémisme.

D’ici la mi-juillet, le Conseil européen va donc devoir proposer un candidat et croiser les doigts au moment où les eurodéputés réunis dans l’hémicycle de Strasbourg devront voter pour lui, actant une fois pour toutes sa désignation. S’ils refusent, le Conseil devra proposer quelqu’un d’autre, dans un délai d’un mois.

Juncker, Lagarde, Schulz, Throning-Schmidt … Alors, le Conseil européen va-t-il choisir Jean-Claude Juncker ? Tout reste à faire : il ne fait aucun doute que, dans le secret de leur huis clos, les chefs d'Etat et de gouvernement évoqueront de possibles candidats de compromis issus de la gauche libérale ou de la droite sociale.

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Parmi les noms qui circulent, Christine Lagarde, ancienne ministre français et directrice du FMI, ou encore Helle Throning-Schmidt, Première ministre danoise. Mais le candidat de la gauche du Parlement n’a pas dit son dernier mot. Martin Schulz, candidat désigné par les sociaux-démocrates, a déclaré vouloir chercher une majorité, pour se faire élire président de la Commission. Sur fond de gueule de bois eurosceptique, le vaudeville européen ne fait que commencer.
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