Comment Weibo a transformé la Chine

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Comment Weibo a transformé la Chine
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ZOOM - A l'été 2012, 89 % des internautes chinois possédaient un compte Weibo.

Weibo œil de Moscou et fenêtre sur la démocratie. Le réseau social chinois, créé en 2009, ne cesse d’accroître sa popularité chez les Chinois mais aussi chez leurs dirigeants. Le 8 novembre prochain, tout  le gratin du parti communiste - le plus grand parti politique du monde avec 82 millions de membres - se réunira à Pékin pour désigner sa nouvelle direction. Weibo suivra de près et commentera avec vigueur cette grand-messe sous haute sécurité. Retour sur ce phénomène qui transforme depuis trois ans l'Empire du milieu.

"Les dirigeants chinois ont peur de finir comme Kadhafi"

Depuis sa création, ce site de microblogging, très simple d’utilisation sorte de "réseau social pour les nuls, mélange à la fois de Twitter et de Facebook" a été à l’origine de mouvements populaires encore jamais vus en Chine, estime Renaud de Spens, spécialiste de l’Internet chinois, interrogé par Europe1.fr.

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Weibo - qui signifie "microblog" - a parfois poussé les autorités à faire marche arrière, comme sur la question de l’implantation d’usines chimiques PX à Ningbo. Dans cette grosse métropole industrielle située au sud de Shanghai, la mobilisation est née sur le web avant de se transformer en manifestation d’un millier de personnes dans la rue. Le projet a été mis entre parenthèses.

"Aujourd’hui, les dirigeants chinois ont peur de finir comme Kadhafi", explique Renaud de Spens. Weibo aurait donc cette capacité à faire reculer le pouvoir… dans une certaine mesure. "Il permet au pouvoir [qui suit de près ce qui se passe sur Weibo, NDLR] de connaître les préoccupations des Chinois et d’adapter son discours. Mais il ne permet pas de modifier en profondeur le régime", estime, pour sa part, Jean-Philippe Béja, spécialiste de la Chine, interrogé par Europe1.fr.

"Il y a un avant et un après Weibo"

Mais les effets de ce réseau social s’observent davantage dans la population chinoise. Là où la culture chinoise veut que l’on n’exprime pas son avis par peur de froisser son interlocuteur, "Weibo a profondément modifié les relations sociales entre les Chinois, au sein de la famille, entre amis et au travail", analyse Renaud de Spens, auteur du Dictionnaire impertinent de la Chine. "Ce qu’on n’ose pas dire à sa femme sur le film que l’on vient de voir, on l’écrit sur Weibo", poursuit le spécialiste, ajoutant qu’"on découvre ensuite l’effet boule de neige caractéristique de Weibo qui se traduit par des dizaines de réponses en accord ou désaccord avec l’auteur du propos de base". Des millions d’échanges, au total, entre une très grande partie de la population. Là où 57 % des internautes utilisent Twitter aux États-Unis, en Chine, 89 % des internautes possède un compte Weibo, soit un Chinois sur trois.

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Des jeunes filles de la minorité ethnique Mia consultent leur smartphone, dans le village de Basha, dans la province de Guizhou, dans le sud de la Chine.

Ces échanges ont contribué à forger l’esprit critique chinois depuis quelques années et donnent lieu à ce que Renaud de Spens appelle une "conscientisation".  "On peut dire qu’il y a une Chine d’avant et d’après Weibo", selon lui, "car le réseau social a brisé le monopole de la parole qui appartenait jusqu’à présent au pouvoir central".

Du microblogging qui réduit les distances

Et le monde des réseaux sociaux n’a pas fini de se développer en Chine. Un nouvel outil baptisé "Weisin", c’est-à-dire "micro message", remporte un succès fulgurant parmi les jeunes Chinois. Cette application pour smartphone permet en plus du microblogging, de se géolocaliser.

"Ces réseaux sociaux ont aussi pour effet de réduire la distance entre les Chinois", estime Renaud de Spens, expliquant qu’ "en Chine, culturellement, la distance entre deux personnes qui ne se connaissent pas est bien plus grande qu’entre deux étrangers européens" Weibo et Weisin offrent ici la possibilité de créer des échanges, qui ne pourraient voir le jour dans la "vraie vie". Un outil précieux dans un pays où toutes organisations et associations sont interdites.