Comment les Farc se réinventent une vie sans arme

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Ils sont environ 7.000 guérilleros à se chercher un nouveau destin. Pour beaucoup, cela passe par un retour à l’école.

REPORTAGE

Ce début d’année 2017 signe bien la fin de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), après plus d’un demi-siècle de conflit armé avec l’état colombien. Un conflit qui a impliqué, en tout, une trentaine de guérillas, de paramilitaires et de forces de l’ordre, avec ce bilan terrible : au moins 260.000 morts, plus de 60.000 disparus et environ sept millions de déplacés en Colombie !

Mais ça y est, les quelque 7.000 membres de la plus vieille guérilla du monde ont fini, le week-end dernier, d’arriver dans les 26 points de rassemblement à travers le pays. La majeure partie de ces guérilleros n’a connu que la vie dans la jungle. Beaucoup devront donc repasser par la case études pour regagner la vie civile. Europe 1 est parti à leur rencontre. Reportage d’Antoine Boddaert.

"Ça c’est un lance-grenade et une mitrailleuse M70". Il est 5 heures du matin, et la journée commence pour les combattants des Farc. Un café, puis c’est l’heure de la première formation matinale. Au garde à vous, fusils en main, les guérilleros se voient attribuer les tâches qu’ils vont effectuer dans la journée. Ericka Galindo est l’une de ces guérilleros. À 39 ans, elle a passé plus de la moitié de sa vie chez les Farc. Alors quand elle ressort une vieille photo prise avec une amie il y a dix ans, elle a le sourire aux lèvres : "Ça c’est un lance-grenade et une mitrailleuse M70. Elle, c’est ma camarade, elle fait aussi partie du ‘Front 19’ et elle est infirmière comme moi."

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"Nous attendrons les orientations des chefs du parti". Au sein de la guérilla marxiste, Ericka a appris la médecine et s’est formée comme infirmière de combat. Alors avec les accords de paix et le dépôt des armes qui approchent, elle pense déjà à la future vie qui l’attend : "Mon idée est de poursuivre mes études dans la médecine. J’aimerais faire de la traumatologie ou de la gynécologie, deux spécialités qui m’intéressent beaucoup. À côté de ça, nous attendrons les orientations des chefs du parti et leurs ordres, que ce soit pour des travaux politiques ou pour l’organisation."

S’ils pensent à leur avenir personnel, les guérilleros ne sont pas décidés à abandonner le combat politique pour autant. À Tierra Grata, comme dans les autres zones de regroupements du pays, les Farc organisent depuis le début de l’année des réunions publiques. Elles réunissent petits paysans et leaders de communautés pour leur expliquer ce que contient l’accord conclu avec le gouvernement.

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"Notre préoccupation, c’est la réconciliation de la Colombie". Jimmy Rios est l’un des cadres du "Front 19". Ce jour-là, c’est lui qui animait la réunion : "Notre préoccupation, aujourd’hui, c’est la réconciliation de la Colombie et la diffusion des accords de paix. On va s’efforcer de communiquer avec le peuple colombien, étudier et nous préparer pour affronter de la meilleure des manières notre transition politique légale. Notre principale arme, désormais, est la parole. Nous n’allons pas nous démobiliser mais au contraire nous mobiliser, politiquement."

En réalité, ces réunions sont surtout l’occasion, pour les Farc, de préparer le terrain électoral de leur futur parti politique. Depuis 38 ans au sein de la guérilla marxiste, Aldemar est le commandant en second du "Front 19" : "nous allons apporter aux gens un nouveau projet, associé avec les personnes, avec le peuple et nos familles. On va continuer notre combat pour se disputer le pouvoir avec les deux partis traditionnels qu’il y a en Colombie." Au rythme de l’émission de radio qu’ils émettent, les guérilleros organisent leur vie de camp, en attendant cette prise de pouvoir dont ils rêvent depuis des années. Mais, cette fois-ci, dans la paix.

>> Sébastien Krebs, grand reporter à Europe 1, était il y a quelques semaines dans une de ces zones de démobilisation. Il nous explique comment tout cela est encadré :