Colombie : les Farc veulent la paix ?

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Colombie : les Farc veulent la paix ?
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La guérilla envisage de participer à un processus de paix avec le gouvernement.

Les combattants ont fait un pas historique vers la résolution du conflit armé en Colombie. Les Farc ont confirmé vouloir participer à un processus de paix pour mettre fin à près d'un demi-siècle d'affrontements, dans un message de son chef suprême diffusé lundi.

"Nous arrivons à la table de dialogue sans rancœur, ni arrogance", a assuré le numéro un des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), dans une vidéo diffusée sur le site Internet de la guérilla et reprise par les médias.

>> Pour voir la vidéo, cliquez-ici.

Des "discussions exploratoires"

Il s'agit de la première déclaration des Farc depuis l'annonce, il y a une semaine, par le président Juan Manuel Santos de l'existence de "discussions exploratoires" avec la plus vieille rébellion marxiste d'Amérique latine.

"Nous avons juré de vaincre et nous vaincrons", poursuit de manière laconique le numéro un des Farc, connu sous le nom de guerre de "Timoleon Jimenez" alias "Timochenko".

"Une intention de paix"

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© Reuters

Concrètement, les contacts noués entre les autorités colombiennes et la principale rébellion du pays, visent à ouvrir un dialogue, dans l'espoir de mettre fin à 48 ans de conflit.

Ce cycle de négociations devrait s'ouvrir en octobre à l'étranger, en Norvège puis à Cuba, sous les auspices du Venezuela et du Chili, selon des informations parues dans la presse colombienne.

La déclaration de "Timochenko" est "un pas supplémentaire sur la route qui a été fixée" avec le gouvernement, a décrypté le politologue colombien Fernando Giraldo. "C'est un message politique qui semble montrer une intention de faire la paix. Les Farc ont subi des coups très durs et cette déclaration reflète une bonne attitude", a-t-il précisé, tout en estimant que "durant les négociations peuvent surgir de nombreux problèmes".

Chavez et Castro à la manœuvre

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© Reuters

Fondée en 1964, la guérilla des Farc, une insurrection d'origine paysanne, compte aujourd'hui encore 9.200 combattants, selon les autorités, repliés dans les régions rurales après une série de revers qui ont fait fondre ses troupes de moitié en dix ans. Le gouvernement aurait initié dans le plus grand secret ce rapprochement depuis le mois de février à La Havane, sous les auspices des chefs d'Etat cubain Raul Castro et vénézuélien Hugo Chavez.

Une chanson accompagne la vidéo de "Timochenko" dans laquelle des guérilleros lancent sur un air de rap qu'ils "vont à La Havane pour discuter avec ceux qui les accusaient de mentir sur la paix". "Je vais à La Havane, cette fois pour parler avec le bourgeois qui nous cherchait mais n'a pu nous vaincre", chantent les rebelles en uniforme, en allusion à Juan Manuel Santos.

Les dernières négociations en 2002

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© Reuters

Depuis l'annonce de ces premiers contacts inédits, le président colombien n'a pas encore pris la parole pour officialiser la signature de l'accord avec les Farc qui doit déboucher sur l'ouverture d'une table de dialogue. Car la pression politique est intense et la décision de l'exécutif cruciale. Depuis trente ans, les trois précédentes tentatives de négociations avec les Farc se sont soldées par des échecs. La dernière remonte à 2002 quand le gouvernement avait suspendu la démilitarisation de la région du Caguan, dans le sud, affirmant que la guérilla en avait profité pour se renforcer.

Ce week-end, Juan Manuel Santos, à mi-mandat avant les élections présidentielles de 2014, a averti que les pourparlers pourraient prendre un certain temps. "La paix ne se fait pas en un jour, il faut la semer, la stimuler", a-t-il martelé.

Une majorité de Colombiens favorables

Les négociations devront aborder plusieurs points sensibles comme la question agraire, à l'origine de la naissance des Farc, le trafic de drogue, mais aussi l'instauration d'un cessez-le-feu et la réinsertion politique des guérilleros, un thème explosif.

Selon un sondage publié vendredi dernier, une majorité de Colombiens (60%) se dit favorable à l'ouverture d'un processus de paix, mais la moitié d'entre eux (49%) refuse de "sacrifier une partie de la justice", en allusion au sort des rebelles qui pourraient être démobilisés en échange d'une loi d'amnistie.