Cleveland : Castro, "un dictateur absolu"

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Cleveland : Castro, "un dictateur absolu"
Le procureur américain Timothy McGinty a affirmé jeudi qu'il envisageait de requérir la peine de mort contre Ariel Castro.@ Reuters
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LE POINT DE VUE DE - "C'est plus qu'un fait divers", selon Nicole Bacharan.

Cleveland continue de faire les gros titres de la presse. A chaque jour, ses révélations sur la maison de l'horreur où Ariel Castro, qui a été formellement inculpé pour viols et kidnappings et présenté à la justice jeudi, a fait subir à plusieurs femmes séquestrées des sévices pendant une dizaine d'années. Une onde de choc qui traverse l'Amérique, comme en témoigne Nicole Bacharan, consultante d'Europe 1 pour les questions américaines.

Le monstre est parmi nous. "C'est beaucoup plus qu'un fait divers. Tout le monde est fasciné parce que c'est une sorte de fenêtre sur ce que la conduite humaine peut avoir de pire", affirme cette spécialiste. Les Américains se sentent touchés par cette affaire de Cleveland car elle "a un côté, 'le montre est parmi nous' entre deux maisons, dans un quartier normal", analyse Nicole Bacharan.


Pour autant, la population ne considère pas qu'il s'agit d'une affaire américano-américaine. "Je crois qu'aux Etats-Unis, on a été autant fasciné par l'affaire Dutroux (le violeur et assassin belge condamné à perpétuité, ndlr), ou l'affaire Fritzl (cet Autrichien avait séquestré sa fille pendant 24 ans, ndlr) ou Kampusch (cette Autrichienne enlevée à l'âge de 10 ans et retenue prisonnière pendant huit ans, ndlr). Ce n'est pas une affaire qui est spécifiquement américaine", assure-t-elle.

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Quel traitement médiatique ? Nul doute, en ce moment, l'affaire des séquestrées de Cleveland "prend toutes la place sur les chaînes d'information en continue, dans les journaux, à la radio". Cette sortie, vécue comme une délivrance, est néanmoins éprouvante pour les victimes d'Ariel Castro. "Déjà la police, les experts, les psychologues qui sont autour de ces jeunes femmes demandent aux médias de les protéger, de ne pas chercher à les interviewer, de ne pas chercher à avoir des photos", affirme Nicole Bacharan.

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© REUTERS

Des défaillances. Mais au-delà de l'émotion d'un fait divers terrible, l'Amérique fait sa propre introspection. "Comment se fait-il que cet homme là n'ait pas été repéré ? Ces trois jeunes femmes ont été enlevées dans le même quartier. On sait maintenant qu'elles sont montées dans la voiture du suspect. Est-ce que toutes les pistes ont-été suivies ? L'une des jeunes filles était la meilleure amie de la fille du kidnappeur", s'interroge Nicole Bacharan. Les voisins aussi se remettent en cause. "Certains disent qu'ils ont appelé la police parce qu'ils trouvaient que les fenêtres étaient barricadées de manière bizarre. Ils avaient aperçu une forme, une femme peut-être. Est-ce que les voisins se sentent coupables au fond de ne rien avoir repéré ?", renchérit Nicole Bacharan.

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© Reuters

La comparution d'Ariel Castro. Le principal suspect de l'enlèvement a comparu jeudi devant la justice et les caméras du monde entier. Une tradition américaine. "Je ne sais pas si cela a une vertu thérapeutique. Certainement pas parce que ce ne sont pas des choses dont on peut guérir. Je pense qu'il y a une forme de satisfaction à mettre en pleine lumière cet homme qui a caché sa conduite pendant onze ans en créant un univers totalement clos où il était un dictateur absolu où seul son système régnait, en contrôlant totalement ces jeunes femmes", analyse Nicole Bacharan.

>>> A lire : Le double visage d'Ariel Castro

Le procureur américain Timothy McGinty a affirmé jeudi qu'il envisageait de requérir la peine de mort contre Ariel Castro. "Normalement la peine de mort requiert d'avoir tué. Mais dans la loi de l'Ohio, les avortements forcés sont considérés comme des meurtres. Le procureur a bien dit qu'il allait multiplier les points d'accusation. Ça ne serait pas que kidnapping et viol mais tous les viols, toutes les violences, tous les jours. On va arriver à des centaines de chefs d'accusation. Donc la peine de mort est une vraie possibilité", commente encore la spécialiste des Etats-Unis.