Chômage : les remèdes de Bruxelles

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Chômage : les remèdes de Bruxelles
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La Commission européenne propose d'instaurer un salaire minimum dans toute l'Europe.

A cinq jours du premier tour de la présidentielle, les propositions de la Commission européenne risquent de susciter la controverse en France. Dans un document qui sera rendu public mercredi, Bruxelles propose une batterie de mesures pour lutter contre la chômage en Europe. En résumé, la Commission souhaiterait que l'emploi devienne une politique de plus en plus européenne et de moins en moins nationale.

"L'idée est de proposer une coordination des politiques de l'emploi, un peu sur le modèle de ce qui se passe pour les politiques budgétaires", afin d'encourager les gouvernements nationaux à prendre en compte l'Union dans son ensemble, a indiqué lundi une source proche du dossier.

L’Allemagne grince des dents

Dans ce contexte, et pour éviter un nivellement par le bas, la Commission rouvre le débat délicat sur le salaire minimum. "La fixation de salaires minimums à des niveaux appropriés peut aider à éviter le phénomène croissant de pauvreté de ceux qui ont un emploi", indique le projet de document, encore susceptible d'être modifié.

La Commission européenne se positionne donc pour un salaire minimum partout en Europe, mais modulable selon les secteurs professionnels. Actuellement, sur les 27 pays de l'UE, 20 disposent d'un salaire minimum unifié, avec de fortes variations des montants : de 138 euros par mois en Bulgarie à 1.801 euros au Luxembourg, en passant par 1.398 euros en France, selon l'Office européen des statistiques.

Le message s'adresse avant tout à l'Allemagne, où les salaires minimums sont jugés trop faibles. La chancelière Angela Merkel, sous pression de la France en particulier, n'appréciera pas forcément. "Des salaires minimums aident à éviter une course vers le bas pour les coûts du travail et constituent un facteur important afin de garantir une qualité décente de travail", justifie l'exécutif européen.

"Un cocktail de mesures ultralibérales"

Sauf qu'en France, le Smic est le même partout. Cette mesure constituerait donc un véritable changement. L'idée a d'ailleurs déjà commencé à susciter des protestations. La candidate du Front national, Marine Le Pen, a accusé la Commission de vouloir "l'explosion du SMIC", le salaire minimum unique français, et a dénoncé un "cocktail de mesures ultralibérales".

"C'est la Commission de Bruxelles qui a précipité l'Europe dans la ruine du chômage et c'est la même qui, après avoir allumé l'incendie, veut maintenant encore ajouté le feu à l'incendie", a réagi Nicolas Dupont-Aignan, mardi matin sur Europe 1. Et le candidat de Debout la République de dresser un étrange parallèle avec le STO mis en place par l'Allemagne nazie et la France collaborationniste : "on peut continuer à concentrer l'emploi en Allemagne et à faire un service de travail obligatoire pour inciter les Espagnols, les Français, les Italiens, les Grecs à travailler en Allemagne. Mais je ne crois pas que ce soit de bonne mémoire".

Mais, selon un diplomate européen proche du dossier, cela marque au contraire une évolution notable du discours de la Commission qui campait jusqu'ici sur des positions plutôt libérales en jugeant que les salaires minimums constituaient un frein à l'embauche. Si cet aspect peut séduire les partis de gauche et les syndicats en Europe, il n'en va pas forcément de même pour d'autres volets du document de la Commission.

Ouvrir le marché aux Bulgares et aux Roumains

Bruxelles demande ainsi que la France et les huit autres pays qui traînent les pieds ouvrent enfin leur marché du travail aux Bulgares ou aux Roumains. Alors que le chômage ne cesse de monter dans l'Hexagone, l'idée ne va sans doute pas susciter l'enthousiasme. Les neuf pays réfractaires ont négocié un délai jusqu'à fin 2013.

Enfin, la Commission conseille de baisser les charges sur les salaires et de compenser en augmentant la TVA ou la fiscalité verte. A ce stade, ce ne sont que des pistes de réflexion. Tout cela va devoir être encore validé mercredi et être débattu avec les 27 États membres.