Rafah, frontière, Gaza, Egypte, SAID KHATIB / AFP 1280 1:35
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Gwendoline Debono, édité par Grégoire Duhourcau , modifié à
La situation actuelle à Gaza pousse la population à fuir l'enclave palestinienne. Plus particulièrement la jeunesse, chez qui le taux de chômage atteint 60% et qui profite de l'ouverture du poste frontière de Rafah pour rejoindre l'Egypte.
REPORTAGE

Après la journée sanglante de lundi à Gaza (60 manifestants tués et plus de 2.000 blessés), de nouvelles manifestations sont prévues vendredi, jour de prière. Les organisateurs de la "Grande Marche du retour" appellent à venir commémorer les victimes et blessés de ces dernières semaines. Les hôpitaux, toujours débordés, tentent, eux, de faire de la place pour les futurs blessés.

Le Hamas appelle par ailleurs à un autre rassemblement le mois prochain. Un mouvement qui pourrait avoir du mal à mobiliser. Beaucoup de jeunes n'ont pas participé à ces marches du retour et profitent du fait que les autorités égyptiennes ont exceptionnellement rouvert le poste frontière de Rafah, pour quitter l'enclave palestinienne. A Gaza, le taux de chômage atteint 60% chez les jeunes, alors ceux qui le peuvent partent dès qu'ils en ont l'occasion.

"Ici, il n'y a rien, juste de la destruction." C'est le cas notamment de Choukri, qui n'a jamais participé aux marches du retour, car elles auraient pu briser son rêve de départ. "Je n'ai pas voulu y aller pour me retrouver avec une pierre face à un sniper. Ce n'est pas ça qui va changer quoi que ce soit. Y aller pourquoi ? Être blessé ? Obliger mon père à trouver des médicaments ? Pourquoi ? Ça ne m'intéresse pas ! Je veux partir et me trouver une vie. Ici, il n'y a rien, juste de la destruction", confie le jeune homme de 22 ans.

Après avoir économisé 3.000 euros pour le passage, il touche enfin son rêve. Il va construire son futur en Thaïlande où un oncle lui a trouvé une place de coiffeur. Soumaya, quant à elle, ira à Berlin. Après des mois d'attente, cette artiste-peintre quitte Gaza pour la première fois de sa vie.

Un départ sans retour. "Là-bas, c'est mon avenir. J'ai fait les adieux à ma famille et moi je vais continuer mes études. Je vais faire un Master, participer à des expositions là-bas. C'est un rêve. A Gaza, les gens sont semblables. Là-bas, on a des cultures différentes, des façons de penser différentes... C'est génial !", confie-t-elle. Comme toute cette jeunesse éduquée qui s'en va, elle sait que le départ est définitif. Impossible de revenir à Gaza, dit-elle. Cela signifierait être bloquée à nouveau.