Centrafrique : Pourquoi "Sangaris" n'est pas "Serval"

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Centrafrique : Pourquoi "Sangaris" n'est pas "Serval"
Le Premier ministre centrafricain, Nicolas Tiangaye, a appelé jeudi au déploiement des soldats français "immédiatement" après le vote de la résolution de l'ONU jeudi.@ Europe 1 - Xavier Yvon
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DECRYPTAGE - L'opération est prévue pour être plus courte qu'au Mali. L'objectif est sécuritaire et humanitaire.

L'INFO. L'intervention est imminente en Centrafrique (RCA). C'est en tout cas le souhait du Premier ministre, Nicolas Tiangaye qui a appellé jeudi à une réaction immédiatement après le feu vert de l'ONU. Le Conseil de sécurité de l'ONU a d'ailleurs donné jeudi mandat aux forces françaises pour intervenir. Quelque 1.200 soldats français devraient participer à l'opération "Sangaris" en RCA. Cette intervention, qui intervient alors que l'armée française est toujours au Mali dans le cadre de "Serval", est bien différente. Explications. 

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© E1 - Xavier Yvon

Une opération plus courte. L'opération "Sangaris" est le nom d'un papillon éphémère, très présent en République centrafricaine. Ce nom n'est pas anodin car Paris mise sur une opération de courte durée : environ six mois, selon le ministre  de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Cela fait déjà plus de 10 mois que la France est engagée au Mali. 

Une "opération de police" ? Jean-Yves le Drian, invité d'Europe 1 le 26 novembre dernier, a résumé l'objectif de l'opération : la sécurité, l'humanitaire, la transition politique et le développement économique. Cette mission va donc davantage ressembler à une mission de police qu'à une offensive ciblée. La France aura pour leitmotiv de sécuriser Bangui, la capitale, son aéroport mais aussi et surtout les principaux axes par où transiteront les convois humanitaires. 

Le but de l'intervention est "d'éviter les drames humanitaires épouvantables et de rétablir la sécurité", a confirmé jeudi le chef de la Diplomatie française, Laurent Fabius. Comme le précise la résolution présentée à l'ONU, l'objectif est de "protéger les civils et rétablir l'ordre et la sécurité (...), stabiliser le pays (...) et créer les conditions propices à la fourniture d'aide humanitaire." Cette phase sécuritaire devra déboucher "ensuite sur une transition politique dont on sait qu'elle n'est pas facile dans ce pays depuis, hélas, trop d'années", avait déclaré François Hollande.

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© Europe 1 - Xavier Yvon

L'armée française en "appui". Au Mali, la France a dû intervenir pour que les Etats d'Afrique de l'ouest envoient des troupes. Cette fois, la force africaine (Misca) est déjà sur place mais en manque d'effectif et de coordination. La France devrait jouer un rôle dans ce domaine. La résolution VII de l'ONU précise les contours de cette opération : elle autorise le recours à la force de la force africaine présente en RCA (Misca) "pour une période de douze mois", avec une clause de révision à six mois. Par ailleurs, elle "autorise les forces françaises en RCA, dans la limite de leurs capacités et de leurs zones de déploiement, et de manière temporaire, à prendre toutes les mesures nécessaires pour soutenir la Misca dans l'accomplissement de son mandat". Le texte demande "à Bangui et aux pays voisins de soutenir leur action".

Jeudi matin, Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères a répété sur RMC et BFM TV que la France allait intervenir "en appui" de la Force africaine qui compte 2.500 hommes et doit à terme arriver à 3.600 soldats. La France, elle, compte déjà plus de 450 militaires sur le terrain. Les autorités françaises avaient jusqu'à présent parlé d'une force française d'un "millier" de militaires, une fois les renforts prévus déployés.

Pourquoi la France y va ? Jean-Yves Le Drian a été clair sur les raisons de l'opération française : "Parce que la France a des responsabilités internationales. Parce que la France est membre du Conseil de sécurité. Parce que la France a une histoire avec la RCA. Parce que les Nations unies nous demandent de le faire", a-t-il détaillé sur Europe 1.

Quelles cibles ? Au Mali, les cibles étaient des terroristes. "En RCA, ce sont des voyous", constate Gérard Araud, ambassadeur français à l'ONU, interrogé par Europe 1. "Dès l'annonce de l'arrivée des Africains et des Français sont en train de quitter Bangui avec leurs butins", explique-t-il. Même son de cloche du côté du ministre français de la Défense. "Au Mali, il y avait une attaque de groupes djihadistes qui voulaient transformer le pays en un Etat terroriste", a souligné Jean-Yves Le Drian. "Là, [en Centrafrique, NDLR] c’est l’effondrement d’un Etat mais c’est aussi une tendance à l’affrontement confessionnel", qui menace le pays, a-t-il détaillé. 



Centrafrique : "La France accompagnera une...par Europe1fr

Quelle capacité ? Reste à savoir si la force africaine, avec le soutien des Français, "sera capable de faire le travail", s'interroge Gérard Araud. "Nous avons donc demandé au secrétaire général un rapport dans les trois mois. Si la Force africaine fait le travail, il n'y aura pas de besoin de force de maintien de la paix", assure-t-il. Un des grands avantages des forces de maintien de la paix, "c'est leur financement par les Nations unies", précise-t-il.

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