Centrafrique : les musulmans, du pouvoir à la rancœur

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Centrafrique : les musulmans, du pouvoir à la rancœur
Un Centrafricain musulman prie lors d'un voyage@ Reuters
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REPORTAGE E1 - Seuls 4.000 d’entre eux restent encore à Bangui. Il y a six mois, ils étaient 200.000.

En six mois, les soldats français ont-ils réussi à réinstaurer la sécurité en Centrafrique, ou à Bangui pour le moins ? Lancée le 5 décembre 2013, l’opération Sangaris est-elle "rapide et efficace", comme le promettait François Hollande ?

Le jugement de Souleymane, un Centrafricain de Bangui, est sévère : "J’ai vraiment du respect pour le peuple français, mais Sangaris, ce qu’ils ont fait en Centrafrique, c’est lamentable", dit-il avec amertume au micro d’Europe 1. Et pour cause : comme de nombreux musulmans, il est désormais parmi les opprimés.

Samba Panza Centrafrique

© Reuters

Les anti-balaka font régner la terreur. Officiellement, la Séléka, dont les membres étaient principalement musulmans, n’existe plus. Michel Djotodia, leur chef autoproclamé président de la République, s’est exilé au Bénin, laissant la place à Catherine Samba-Panza, présidente de transition démocratiquement élue.

Mais aujourd’hui, les chrétiens centrafricains se vengent sur les musulmans. Après la Séléka, c’est au tour des milices anti-balaka, majoritairement chrétienne, de faire régner la terreur sur le pays.

Les musulmans ne songent plus à enterrer leurs morts . Les musulmans ont massivement fui la capitale. De 200.000 il y a six mois, ils ne sont plus que 4.000 aujourd’hui, ghettoïsés dans un quartier de Bangui, raconte Souleymane, le regard crispé. Chaque semaine, il est un peu plus difficile de prier : l’imam tente de faire le compte des mosquées brûlées.

Il y a cinq mois, Souleymane se définissait comme un musulman optimiste. C’est aujourd’hui terminé. Les Centrafricains adeptes de l’islam qui sont restés dans la capitale ne peuvent même plus faire le deuil de leurs proches : "Les cimetières sont derrière l’aéroport, explique Souleymane. Si vous traversez, vous tombez automatiquement dans les mains des anti-balaka". La rage au ventre, il raconte que dans la communauté musulmane de Bangui, "on n’enterre plus les cadavres. On les lave, on les prépare et la Croix rouge vient récupérer le corps". Pour lui, la douleur de cet affront est inacceptable : "Quand vous perdez un proche et que vous n’arrivez même pas à l’inhumer, c’est une plaie incurable."

Centrafrique Bangui Sangaris

© Reuters

Qui est responsable de cette situation ? Tout le monde, pour Souleymane : le gouvernement, les casseurs qui vivent tranquillement de l’autre côté de la ville, mais aussi les militaires français. "Quand ils sont venus, la situation a empiré, se souvient-il. Ils ont laissé le terrain libre aux anti-balaka." L’opération Sangaris s’était donné pour mission première de mettre fin aux raids des Séléka. Ils ont réussi, mais à quel prix ?

Dans ce quartier, aucun bruit de klaxons, de marché, de vie que l’on entend dans le reste de la ville. Les mentalités se durcissent, la rancœur pointe chez les musulmans de la capitale.



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