Censure, arrestations arbitraires : "Le Venezuela tend vers la dictature"

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Gaspard Estrada, directeur de l'Observatoire politique de l'Amérique latine à Sciences Po, estime que le Venezuela glisse sur une pente autoritaire inquiétante.

INTERVIEW

La tension ne redescend pas au Venezuela. Le pays traverse une grave crise politique et économique depuis l'élection contestée de l'Assemblée constituante le 30 juillet : opposants arrêtés, médias censurés, manifestations réprimées… Ce qui fait dire à Gaspard Estrada, directeur de l'Observatoire politique de l'Amérique latine à Sciences Po, que "le Venezuela tend vers la dictature".

Pente autoritaire. Assemblée constituante aux pouvoirs quasiment illimités, arrestations arbitraires et même accusations de torture : le pays a pris une pente autoritaire inquiétante en août. "Le Venezuela n'est pas encore une dictature mais elle tend vers ce modèle. Il n'y plus de respect de l'équilibre et de la séparation des pouvoirs", souligne Gaspard Estrada. Une situation rendue encore plus préoccupante par l'absence d'opposition. "En cas d'élection présidentielle, comme c'est promis par des proches du pouvoir, les deux principaux leaders d'opposition se sont vus retirer leurs droits politiques, ils ne peuvent pas être candidats. À l'heure actuelle, le Venezuela n'est pas en position d'organiser des élections libres."

Faire pression sur le gouvernement. Une situation qui a conduit les États-Unis à geler les avoirs de plusieurs figures du régime, à commencer par le président Maduro. "La difficulté politique de ces mesures, c'est que si elles ne limitent pas aux figures clés de l'exécutif, il y a un risque que l'impact premier de ces sanctions affecte la population vénézuélienne et non pas sa classe dirigeante", prévient Gaspard Estrada. "L'enjeu pour la communauté internationale est d'arriver à faire en sorte d'obliger le gouvernement à tendre la main à l'opposition et de mettre fin aux mesures anti-démocratiques."

Des sanctions de l'ONU à venir ? Mais dans la semaine, Nicolas Maduro a haussé le ton en organisant des manœuvres militaires. Une réponse aux menaces d'intervention formulées par les États-Unis, même si Donald Trump a affirmé samedi qu'il n'y aurait pas d'action américaine sur place à court terme. "Je ne pense pas qu'il y ait actuellement un risque d'escalade militaire. Maduro cherche à rassembler sa base, notamment les militaires pour tester leur loyauté", tempère Gaspard Estrada. "En revanche, il est possible que dans les jours à venir, la communauté internationale adopte des mesures pour sanctionner ou en tout cas mettre en garde le gouvernement vénézuélien par rapport à la multiplication des gestes anti-démocratiques."