Tunisie : ce que l'on sait des deux tireurs du musée du Bardo

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Tunisie : ce que l'on sait des deux tireurs du musée du Bardo
@ AFP/FETHI BELAID
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Le Premier ministre tunisien a dévoilé les noms des terroristes peu après l'attaque. On en sait désormais un peu plus sur eux.

Armé chacun d'un fusil d'assaut, les deux hommes sont entrés dans le musée du Bardo de Tunis pour y faire un carnage parmi les touristes qui s'y trouvaient. En quelques heures à peine, une vingtaine de personnes sont mortes. Avant que les forces de police pénètrent dans le bâtiment et mettent fin à la prise d'otages … dans le sang. Les deux assaillants sont morts, alors qu'ils portaient des "explosifs" sur eux, selon le président tunisien Béji Caïd Essebsi. Dans la soirée de mercredi, le Premier ministre tunisien Habib Essid dévoilait leur identité : Jaber Khachnaoui et Yassine Labidi.

L'Etat islamique salue leur carnage. Dans un message audio, le groupe Etat islamique a salué ces "chevaliers de l'Etat islamique", les appelant Abou Anas Al-Tunisi et Abou Zakaria Al-Tunisi. Pour l'heure, on ignore si les deux jeunes hommes étaient bien liés à un quelconque groupe terroriste, qu'il s'agisse de l'Etat islamique ou d'Al-Qaïda.

On sait cependant que Jaber Khachnaoui et Yassine Labidi était partie dans la Libye voisine, en proie au chaos et connue pour abriter un nombre important de groupes terroristes. Le secrétaire d'Etat tunisien à la sécurité intérieur a déclaré vendredi qu'il "ont pu se former à Sabratha, à Benghazi et à Derna", ville où l'Etat islamique a instauré la chariah.

Le profil des deux hommes. Jaber Khachnaoui, originaire de la région de Kasserine dans le sud de la Tunisie, était un lycéen de 21 ans pieux, solitaire et sans histoire, selon un de ses proches. Il avait grandi dans une famille modeste, sans être pauvre. Son père exploite un petit terrain agricole qui suffisait à subvenir aux besoins de sa famille. Selon ce proche, qui n'a pas voulu être identifié, le village du terroriste tunisien est conservateur, sans être tenté par le salafisme. Au mois de décembre, le départ soudain de Jaber Khachnaoui pour la Libye a d'ailleurs surpris son entourage. Depuis, le jeune homme avait contacté ses proches depuis un téléphone irakien et son père avait alors averti la police que son fils se trouvait peut-être dans ce pays.

Le père, les deux frères et la soeur de Jaber Khachnaoui, dont il était très proche, ont été arrêtés et interrogés par la police tunisienne.

Quant à Yassine Labidi, il était originaire d'une banlieue ouest de Tunis. Quand ses proches ont découvert qu'il était impliqué dans cette attaque sanglante qui laisse le pays exsangue, ils étaient sous le choc. Yassine Labidi se contentait de son travail de coursier dans l'après-midi, de visites à la mosquée sans sortir dans les cafés de Tunis. Le jeune homme était pratiquant et essayait de respecter les cinq prières par jour.

Mais dans sa vie de tous les jours, il n'était pas rigoriste, précise un ami de la famille. La preuve : son frère était tout l'opposé de lui, plus habitué des soirées de Tunis et des heures passées au café que des prières. Un proche de Yassine Labidi a d'ailleurs appris l'attaque du musée du Bardo devant la télé dans un café. Il s'est exclamé : "Ils méritent la mort, ils méritent d'être arrêtés", avant de savoir que parmi les deux tireurs se trouvait son frère. 

Photo macabre. Ce n'est que le lendemain, lorsque les policiers viennent frapper à la porte de son domicile, qu'il découvre les photos de la dépouille de Yassine, une kalachnikov à ses côtés. "Quand j'ai vu les photos j'ai été choqué. Je n'acceptais pas que Yacine puisse être l'auteur de l'attentat", témoigne ce proche.

Le gamin du quartier devenu bourreau de la Tunisie. Il rappelle néanmoins que des prédicateurs avaient tenté de radicaliser les fidèles de la mosquée. De quoi flouter la frontière entre croyants modérés et radicaux : "on ne sait même plus ce qu'est un islamiste, on ne connaît plus la vérité ici", explique un proche. La réalité, elle, est glaçante : Yassine Labidi, le gamin du quartier, vient d'ensanglanter la Tunisie.  

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