Calais : est-il possible de mettre la "jungle" côté anglais ?

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François Hollande et David Cameron tentent de trouver jeudi à Amiens une solution à la jungle de Calais. Et il est peu probable que la France obtienne quoique ce soit du Royaume-Uni. 

Emmanuel Macron menace le Royaume-Uni. François Hollande et David Cameron tentent de trouver jeudi à Amiens une impossible solution au casse-tête de la jungle de Calais. Dans un contexte de Brexit, les Anglais devront se prononcer le 23 juin pour ou contre la sortie de l’Union Européenne. Une décision qui pourrait entraîner une fracture de l’Europe, déjà bien divisée sur la crise des migrants. En France, le point de friction sur cette crise se trouve à Calais. Et jeudi matin, le ministre de l’Economie Emmanuel Macron a prévenu, dans une interview donnée au Financial Times, que "si le Royaume-Uni sort de l’Union Européenne, alors la France ne retiendra plus tous ses migrants".

"Une proposition réaliste". Une proposition "réaliste", selon Olivier Cahn, maître de conférences en droits criminels à la faculté de droit de Cergy-Pontoise, invité d'Europe Midi jeudi. Selon lui, "ce que dit Emmanuel Macron est peut-être réaliste, ceci dit, c’est typiquement le paradoxe du ministre de l'Economie. Nous avons affaire à un homme de gauche, à un banquier d’affaires pragmatique, donc il fait ce genre d’annonces". Or dans les faits, la France n'a jamais été, dans l'histoire, en position de force par rapport au Royaume-Uni sur la question des migrants.

Le Royaume-Uni en position de force. Olivier Cahn explique en effet que "la frontière entre la France et l’Angleterre est régie par deux accords. Le premier concerne le tunnel sous la Manche et il date de 2000 et le second concerne les ports sur la Manche, qui est celui du Touquet de 2003. Dans les deux cas, ces accords prévoient que les contrôles d’entrée et de sortie du territoire sont effectués par les autorités françaises et britanniques. Et ils prévoient également qu’avant que les portes du bateau ou du train ne soient fermées, si un réfugié sollicite l’asile auprès des autorités britanniques alors elles ont la possibilité de remettre cette personne aux autorités françaises et c’est alors à elles de se charger de cette personne". En bref, avec ces deux accords, les autorités britanniques ont tous les pouvoirs pour opérer sur le territoire français.

"La France se plie devant le Royaume-Uni". Compte tenu de ces accords, la marge de discussion entre David Cameron et François Hollande est donc, à priori, satisfaisante pour la France puisque à l’heure actuelle on accepte, sans aucune contrepartie ou presque, de gérer l’immigration vers le Royaume-Uni. Une situation qui est donc déséquilibrée et qui ne respecte pas nos engagements auprès de l'Union Européenne. "En fonction de nos engagements auprès de l’Union Européenne, nous devons veiller à ce que les réfugiés qui se concentrent à Calais quittent le territoire de l’espace Schengen et aillent ailleurs, donc au Royaume-Uni, qui ne fait pas partie de l’espace Schengen. Nous sommes donc en position de force", affirme ce spécialiste.

Pour autant, depuis 1986 et la décision de construire le tunnel sous la Manche, les autorités françaises ont systématiquement cédé, quasiment sans contrepartie, aux exigences britanniques. La discussion entre François Hollande et David Cameron jeudi à Amiens pourrait donc être vaine et, il se peut que la France cède, une nouvelle fois, au Royaume-Uni.