Brexit : lâchée par deux ministres, quel avenir pour Theresa May ?

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Brexit : lâchée par deux ministres, quel avenir pour Theresa May ?
Theresa May sort de ces démissions fragilisée vis-à-vis de l'Union européenne. Mais pas forcément sur la scène nationale.@ HO / PRU / AFP
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La démission, lundi, des ministres britanniques du Brexit et des Affaires étrangères, a jeté le trouble sur l'avenir du Brexit. Mais surtout sur celui de la Première ministre, Theresa May.

Theresa May peut-elle tenir ? C'est la question que chacun se pose après la journée très agitée de lundi. La Première ministre britannique a en effet dû encaisser coup sur coup la démission de son ministre du Brexit, David Davis, et celle de son ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson. Ardents défenseurs d'une sortie "dure" de l'Union européenne, les deux hommes n'ont en effet pas digéré que Theresa May préfère s'orienter vers un Brexit plus doux, comprenant le maintien de relations commerciales privilégiées avec l'UE.

Si ces démissions en cascade paraissaient inévitables tant le gouffre était profond entre la cheffe du gouvernement et les deux ministres, elles posent la question de l'avenir de Theresa May. Et de celui des négociations du Brexit.

Un vote de défiance… Concernant la première, deux options sont possibles. D'abord, celle d'un vote de défiance au Parlement, encouragé par Boris Johnson et David Davis qui vont maintenant rejoindre ses bancs. Selon les statuts du parti conservateur, il faut que 15% des députés, soit 48 d'entre eux, demandent par écrit un vote de défiance. Puis, c'est à la majorité absolue que cela se joue : si 159 élus tories (sur 316) en décident ainsi, Theresa May pourrait perdre son poste.

… peu probable. Mais ce n'est, selon les observateurs de la vie politique britannique, pas le plus probable. "Les chiffres n'y sont pas pour l'instant", assure ainsi Frank Langfitt, journaliste qui suit le Brexit pour la NPR (National Public Radio). "May pense que même si ce vote est organisé contre elle, elle se battra. Et il existe une bonne probabilité qu'elle gagne." De fait, la majorité des députés restent partisans d'une solution négociée souplement avec l'Union européenne plutôt que d'un Brexit radical. En outre, il n'y a aujourd'hui pas d'alternative claire à Theresa May, ce qui plaide plutôt en faveur de son maintien. Même dans sa lettre de démission, David Davis a d'ailleurs expliqué qu'elle devrait rester à son poste.

Consciente qu'elle tient peut-être son salut dans cette absence d'alternative, Theresa May n'a pas hésité à agiter devant les élus de son parti le spectre du chaos et d'une victoire de la gauche de Jeremy Corbyn en cas de vote de défiance.


May fragilisée au niveau européen. Qu'adviendra-t-il donc du Brexit ? À ce niveau-là, et alors que le Royaume-Uni et l'Union européenne entament un nouveau round de discussions mi-juillet, les deux démissions ne sont pas une bonne nouvelle pour Theresa May. "C'est un gouvernement profondément divisé qui s'apprête à entrer dans des négociations difficiles avec l'Union européenne", analyse encore Frank Langfitt de la NPR. "May était déjà fragile avant, cela l'affaiblit encore. Et le temps vient à manquer. Le Royaume-Uni est supposé quitter l'Union européenne en mars prochain." Pour que le Brexit puisse être adopté par tous les parlements à temps, il faut donc que l'accord soit finalisé en octobre prochain.

La possibilité d'un accord. Or, il existe encore des points de blocage, notamment sur la libre circulation des personnes, que refuse le Royaume-Uni. Ce qui n'empêche pas la possibilité de trouver un accord. Le remplaçant de David Davis, Dominic Raab, est certes lui aussi un ultra Brexiter. Mais ce ne sera pas lui qui sera chargé de mener les discussions avec Michel Barnier, le "monsieur Brexit" de l'Union européenne. En réalité, c'est déjà Olly Robbins, conseiller pour l'Europe de Theresa May, qui s'en charge. Finalement, il reste donc une possibilité pour Theresa May de s'en sortir par le haut. Si aucune fronde dans son camp ne se profile, elle pourrait poursuivre des négociations avec l'Union européenne plus apaisées, tout en s'étant débarrassée de deux ministres turbulents, gaffeurs, et avec lesquels les relations étaient des plus tendues.