Brexit : la langue anglaise est-elle menacée à Bruxelles ?

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Brexit : la langue anglaise est-elle menacée à Bruxelles ?
@ AFP
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Avec le Brexit, l'anglais pourrait ne plus être l'une des langues officielles de l'Union européenne. 

Il a prononcé ses derniers mots en anglais. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, s'est exprimé pour la dernière fois dans cette langue mardi devant le Parlement européen réuni en session extraordinaire après le Brexit, selon l'AFP. Car la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne a une conséquence pour le moins inattendue. Celle de poser la pérennité de la toute puissante langue anglaise dans l'Union européenne. Si dans la pratique, la question peut paraître saugrenue, symboliquement, elle mérite d'être posée car l'anglais pourrait cesser d'être une langue officielle.

Fin de l'anglais comme langue officielle ? Pourquoi l'anglais ne serait-il plus langue officielle ? Tout simplement parce que seul le Royaume-Uni avait déclaré cette langue auprès des institutions européennes. L'Irlande a elle déclaré le gaélique tandis que la très anglophone île de Malte a déclaré le maltais.

Et c'est au sein même de la Commission européenne que l'anglais est tombé de son piédestal, selon une information du Wall Street Journal repéré par L'Express. "Nous allons utiliser davantage l'allemand et le français", a ainsi confié au quotidien américain un représentant de la Commission.

Néanmoins, la Commission européenne a tenu à clarifier les choses mardi sur son site internet. Elle précise que tout changement concernant les langues officielles des institutions européennes est soumis à un vote à l'unanimité du Conseil de l'Union européenne. 

L'appel de certains politiques français. Pourtant, dès l'annonce du Brexit, les tenants d'un souverainisme étatique se sont exprimés pour réclamer la fin de la suprématie de l'anglais dans l'Union européenne. Le maire de Béziers Robert Ménard a ainsi affirmé sur Twitter que "la langue anglaise n'a plus aucune légitimité à Bruxelles". Sur le même réseau social, Jean-Luc Mélenchon a, lui, estimé que l'anglais ne pouvait plus être la "troisième langue de travail du Parlement européen".



Même le député européen Alain Lamassoure, classé à droite, a lui aussi remis en cause l'anglais qui ne sera "plus la langue officielle d'aucun pays". "Le français, l'allemand deviendraient les langues les plus pratiquées", a-t-il  déclaré sur Europe 1 mardi matin.

Une langue "de travail" incontournable. Mais les "anglophobes" ne devraient pas se réjouir trop vite. "Il n'y aura peut-être plus de raison officielle de parler anglais mais c'est la dimension protocolaire, symbolique", explique à Europe 1 Olivier Rozenberg, professeur au Centre d'études européennes de Sciences Po. "Ce qui importe, c'est la langue de travail et l'anglais s'impose pour plein de raisons". Le chercheur rappelle ainsi que "80% des rapports de la commission européenne sont rédigés en anglais".

 En outre, avec "les élargissements de 2004, l'anglais a pris le pas sur le français". Enfin, pour achever de convaincre les plus sceptiques Olivier Rozenberg, insiste sur le fait que "l'anglais est une langue pivot ou relais car elle sert beaucoup aux traducteurs pour passer par exemple du suédois au portugais". Car ceux qui maîtrisent deux langues "rares" ne courent pas les rues. Bref, la disparition de l'anglais au sein de l'UE, ce n'est pas pour tout de suite.