Brésil : "J'achète 15 paquets de vignettes Panini chaque week-end"

Les Brésiliens adorent les images Panini. Selon les estimations, il y a plus de 8 millions de collectionneurs.
Les Brésiliens adorent les images Panini. Selon les estimations, il y a plus de 8 millions de collectionneurs. © E1/Carrasco
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Charles Carrasco, au Brésil , modifié à
EN DIRECT DE RIO - Banquiers, chauffeurs de taxi, mères de famille : tous collectionnent les vignettes comme des enfants. Un remède anti-morosité.

L'heure tourne et chacun veut avoir fini avant le début du Mondial de football les 72 pages de son "album". "Album" ? Panini évidemment. Les huit millions de collectionneurs brésiliens de vignettes, selon les estimations, n’ont plus de temps à perdre avant le premier match entre le Brésil et la Croatie, prévu le 12 juin. Cette passion pour les petits autocollants s’exprime presque partout à Rio de Janeiro : dans les centres commerciaux, les supermarchés ou les écoles. A la sortie du métro Uruguaiana, dans le centre-ville, les collectionneurs se retrouvent chaque jour, presque comme au café, sur un coin de banc à côté des toilettes publiques.

Cette fièvre joyeuse autour des Panini contraste avec la morosité ambiante face à une Coupe du monde qui cristallise contre elle une animosité croissante dans la population brésilienne. A quelques jours de l’événement, les drapeaux brésiliens aux fenêtres sont rares et les rues ne sont toujours pas peintes aux couleurs "auriverde". Une première au Brésil. Reste, pour s'amuser, les fameuses vignettes autocollantes.

Uruguaiana, marché à ciel ouvert de Panini : 

La fièvre Panini au Brésilpor Europe1fr

Neymar, Messi et CR7 sont les plus chères. Dans une main, les fans des Panini ont une petite feuille où ils ont noté le numéro des images qui manquent encore à leur collection. Dans l’autre, leur paquet de "doubles", ces vignettes qu’ils vont pouvoir échanger ou vendre, de préférence à bon prix. Certains ont l’application smartphone officielle de l’album, la nouveauté de cette année. Ici, c’est comme à la Bourse, les valeurs sûres sont les plus chères. Cristiano Ronaldo, Neymar, Fred ou Messi, ainsi que les écussons brillants des sélections, coûtent l'équivalent d'un euro l’unité car, d’avis de collectionneurs, elles sont plus difficiles à obtenir. Les autres coûtent 10 centimes d’euros.

Ici, se côtoient enfants, banquiers, chauffeurs de taxi, mères de familles, retraités nostalgiques de la "Copa" perdue à domicile, en 1950. "Mon père collectionnait déjà les vignettes. Je m’y suis mis. Mon fils fait la collection. Je crois que, définitivement, le Brésilien aime collectionner tout ce qui a trait au football", s'amuse Edinson, maillot du club de Fluminense sur les épaules, venu faire des bonnes affaires pendant sa pause-déjeuner.

Panini Brésil

© E1-Carrasco

 Ils retombent en enfance. Andrea doit, elle, contenir les envies de son fils. "Il est devenu un peu fou avec cet album. Il n’arrête pas de me dire qu’il faut en racheter. Il fait des échanges avec ses copains à l’école. Je lui en achète 15 paquets chaque week-end s’il s’est bien comporté", soupire cette Brésilienne.

Igor, lui, est retombé en enfance. Ce quadra s’est remis à collectionner pour pouvoir "garder un souvenir de la Coupe du monde chez lui". "Je le fais pour mon fils qui a deux ans et qui ne verra pas grand chose du Mondial", ajoute-t-il. Matthieu, un ingénieur français qui vit à Rio depuis plusieurs années, préfère lui "troquer avec ses amis à la maison" autour de l’apéro ou avec ses partenaires de capoeira. 

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© E1/Carrasco

 40 millions de vignettes produites par jour. Ce marché est juteux pour l’entreprise italienne qui a lancé ses premiers albums lors de la Coupe du monde de 1970 au Mexique. Chaque jour, sont imprimés près de 40 millions d’autocollants au Brésil, premier client mondial de la marque.

Fabio, chauffeur de taxi en temps normal, et surnommé "le Portugais" dans le quartier, s’est mis à vendre sous le manteau des figurines lors de la Coupe du monde 2006. Dans la journée, il délaisse régulièrement sa voiture pour faire du business "Panini", sous l’œil des policiers venus s’assurer que cela n’engendre aucun trouble à l’ordre public. Pour se lancer, Fabio a acheté pour 1.000 euros de vignettes. Tel un trader, il les revend 10 centimes d’euros l’unité, 145 euros l’album entier. Il fait aussi de la vente par correspondance. Les bons jours, ce chauffeur gagne ainsi plus de 150 euros ! Une aubaine quand on sait que le salaire moyen avoisinne les 300 euros.

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© E1/Carrasco

 Dilma contre anti Copa. L'album Panini spécial "Coupe du monde" est si populaire au Brésil qu’il est devenu un symbole politique entre pro et anti-Mondial. La présidente du Brésil, Dilma Roussef, qui défend bec et ongles cet événement et qui joue sa réélection à la présidence en octobre, assure qu’elle aide son petit-fils à compléter son album. A l’inverse, des manifestants, qui critiquent les investissements pharaoniques d’argent public pour la construction des stades, n’ont pas hésité à brûler sur la voie publique les autocollants en guise de protestation.

Au mois de mai, un groupe d’activistes a invité les internautes à "hacker" les images Panini en peignant des masques noirs sur le visage des stars du ballon. Klose, Sneijder ou bien encore Ribéry ont donc pris des allures de Black Blocs, un mouvement anarchiste en pointe dans la contestation. Ceux-là même qui promettent déjà le "chaos" lors de la Coupe du monde.

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