Berlin agace Paris

  • A
  • A
Berlin agace Paris
@ REUTERS
Partagez sur :

La crise de l’euro entame l’unité franco-allemande, mais Nicolas Sarkozy tente de rassurer.

L’unité du couple franco-allemand est mise à rude épreuve. La crise de la zone euro a provoqué des frictions à répétition entre la France et l'Allemagne, Paris reprochant à Berlin ses atermoiements et, plus profondément, des réflexes nationaux, selon des experts.

"Pas de désaccord"

Nicolas Sarkozy a tenté de calmer le jeu en annonçant qu'il rencontrerait Angela Merkel le 7 juin pour discuter d'une coordination des positions de la France et de l'Allemage en vue du prochain Conseil européen et des sommets du G8 et du G20 prévus fin juin au Canada. Le chef de l'Etat a également tenu à assurer jeudi soir qu'il n'avait "pas de désaccord" avec la chancelière allemande Angela Merkel sur la réforme de la zone euro.

Pourtant, après les hésitations de l'Allemagne à aider la Grèce, les mesures financières sans concertation, annoncées jeudi par la chancelière, semblent avoir agacé Paris. La ministre de l'Economie Christine Lagarde n'a pas hésité à prendre le contrepied de l'Allemagne en affirmant, au contraire d' Angela Merkel, que l'euro n'était "absolument pas" en danger.

Merkel veut taxer les marchés

La chancelière allemande a expliqué plus tôt dans la journée vouloir convaincre ses partenaires du G20 du bien fondé d'une taxation sur les marchés financiers, appelant ceux d'entre eux moins touchés par la crise, à se rallier à sa cause. Une annonce qui a provoqué un vent de panique sur les marchés.

Des déclarations qui viennent s’ajouter à l’annonce faite la veille, par la chancelière, de vouloir interdire la vente à découvert de certains produits financiers. Une décision critiquée par Christine Lagarde, qu’elle a qualifiée de "discutable, car il n'y a pas eu de discussion préalable".

Décision économique, enjeu politique

L’Allemagne semble donc vouloir jouer cavalier seul. "Cela a l'air d'un coup de panique, sous pression" d'Angela Merkel, pour aider à faire passer le plan de sauvetage de la zone euro auprès d'une classe politique et d'une opinion réticentes, analyse Henrik Uterwedde, vice-directeur de l'Institut franco-allemand de Ludwigsbourg.

Les considérations de politique intérieure sont loin d'être étrangères au raidissement allemand. La coalition des chrétiens-démocrates d’Angela Merkel avec les libéraux est affaiblie par une débâcle électorale dans le Land clé de Rhénanie du Nord-Westphalie, estime-t-il.

Deux pays, deux états d’esprits

Mais sur le fond, ce sont deux philosophies différentes qui s'expriment des deux côtés du Rhin, relèvent les experts, vis-à-vis de l'économie et de l'Europe : culte quasi-religieux de la stabilité et de la solidité monétaire et budgétaire en Allemagne; tradition d'interventionnisme de l'Etat et relance pour la croissance et l'emploi en France.

Pour Stephan Martens, professeur de civilisation allemande contemporaine à l'Université de Bordeaux, il y a eu "une volonté allemande de faire passer un message, celui de la stabilité" économique, qui doit se traduire par la rigueur budgétaire. Côté français, "on reconnaît que le retour à l'équilibre budgétaire est primordial", note Henrik Uterwedde. Le président Nicolas Sarkozy a fait un geste important en direction de l'Allemagne, en proposant jeudi de réformer la Constitution, afin que celle-ci oblige les gouvernements à la maîtrise des finances publiques.