Belmokhtar, "l'insaisissable" d’Aqmi

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Belmokhtar, "l'insaisissable" d’Aqmi
Mokhtar Belmokhtar règne en maître sur le grand sud saharien
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Retour sur le parcours de l’émir algérien, devenu l’un des piliers de l’organisation terroriste au Sahel.

C’est le suspect numéro un. L’Algérien Mokhtar Belmokhtar, l’un des principaux émirs d’Al-Qaïda au Maghreb (Aqmi), serait le commanditaire du rapt des deux Français enlevés samedi au Niger et retrouvés morts le lendemain, ont affirmé mardi deux médiateurs Malien et Nigérien.

Terroriste, contrebandier et brigand… Mokhtar Belmokhtar ne recule devant rien. Surnommé "l'insaisissable" par un ancien chef des services français de renseignements, il règne en maître sur les routes clandestines du grand sud saharien, la "zone grise" - sud Algérien, du Tchad, du Mali du Niger et de Mauritanie-.

Né en juin 1972 à Ghardaia, à 600 km au sud d'Alger, sa « vocation » de djihadiste serait venue très tôt. Dans une de ses rares interviews, diffusée en novembre 2007 par un forum djihadiste, il affirmait avoir été captivé par les exploits des moudjahidines afghans, en lutte contre l'armée soviétique. En 1991, alors qu’il n’a que 19 ans, il décide de les rejoindre. Formé dans les camps afghans, il y fait la connaissance de ceux qui deviendront plus tard les responsables du réseau Al-Qaïda.

Le racket et la contrebande pour financer les armes

Sa "carrière" de terroriste commence véritablement en 1993. De retour en Algérie, un an après l'annulation par le régime des élections remportées par le Front Islamique du Salut (FIS), il devient l’un des chefs militaires du Groupe islamiste armé (GIA), dans sa région natale Ghardaïa. Cinq ans plus tard, Mokhtar Belmokhtar rejoint le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Né d'une scission du GIA, c’est le plus sanguinaire des groupes armés algériens.

L’argent étant le nerf de la guerre, l’émir se lance dans la contrebande de cigarettes, de voitures volées, le racket des filières d'émigration clandestine ou de trafics de drogue pour financer l’achat d'armes et d'équipements. Il n’hésite pas à épouser des femmes issues de plusieurs tribus touaregs du Niger ou du Nord Mali pour nouer de solides alliances avec les tribus qui l’alertent des mouvements des forces de l'ordre.

Replié au Nord du Mali

A la suite de dissensions internes au sein du GSPC, et de sa transformation en Al-Qaïda au Magreb islamique (Aqmi), il est remplacé à la tête de la "9ème région" (le grand sud algérien) par Abdelhamid Abou Zeïd, Hamadou Abid de son vrai nom, nommé par l'émir de l'Aqmi Abdelmalek Droukdal.

"Il s'est replié sur le Nord Mali et se déplace en permanence entre les frontières pour éviter d'être repéré", expliquait il y a quelques mois à l'AFP, Louis Caprioli, ancien sous-directeur à la DST, chargé de 1998 à 2004 de la lutte anti-terroriste. Il y a bénéficié pendant des années d'un droit d'asile officieux, à la suite de son intervention dans le dénouement heureux de l'enlèvement de touristes allemands et autrichiens.

"On lui avait promis de le laisser tranquille à condition qu'il ne se livre pas à des actions hostiles sur notre sol", avait admis au Figaro, en mars 2007, le colonel El Hadj Gamou, chef de la 1ère région militaire malienne. Une trêve rendue certainement caduque par la mort des deux otages français.