Avec Trump, à quoi va ressembler la politique extérieure américaine ?

  • A
  • A
Avec Trump, à quoi va ressembler la politique extérieure américaine ?
@ JIM WATSON / AFP
Partagez sur :

S'il ne cache pas ses velléités isolationnistes voire protectionnistes, Donald Trump entretient le flou autour de son projet de politique extérieure. De quoi inquiéter ses partenaires en général, et la France en particulier.

L'ENQUÊTE DU 8H

"Make America great again", oui, mais comment ? Si Donald Trump a martelé son slogan 16 mois durant, s'il a clairement affiché ses ambitions en terme de politique intérieure (chasse à l'immigration illégale, plan d'investissement de 1.000 milliards de dollars), il est resté assez flou sur son projet de politique extérieure pour redonner sa grandeur aux Etats-Unis. Avec le milliardaire aux manettes, les Etats-Unis deviennent un partenaire beaucoup plus imprévisible pour leurs alliés en général et pour la France en particulier. Un responsable de la diplomatie française n'a pas hésité à comparer la position actuelle du Quai d'Orsay à celle d'un conducteur lancé à vive allure sur du verglas. En clair, personne aux ministère des Affaires étrangères ne sait trop à quoi s'attendre.

Un plan de bataille express contre l'EI. Et pour cause, en plus d'un an de campagne et de sorties plus truculentes les unes que les autres, Donald Trump a eu le temps de dire et de promettre tout et son contraire. Peu rassurant quand on sait qu'aucune décision forte, aucun traité international, mais surtout aucune intervention sérieuse ne peuvent prendre corps sans l'appui de Washington. En ce qui concerne l'organisation Etat islamique notamment, Donald Trump a affirmé qu'il réunirait ses généraux pour qu'ils lui proposent un plan d'éradication de l'EI sur trente jours.

Les Etats-Unis vont-ils sous-traiter le problème Daech à la Syrie et la Russie ? Concrètement, la bataille de Mossoul est déjà lancée, et on peut espérer qu'elle trouve une issue favorable avant sa prise de fonction au 20 janvier. Mais d'autres chantiers d'envergure resteront à accomplir : d'abord, la stabilisation des zones libérées, un défi d'envergure tant l'écheveau politique, ethnique et confessionnel semble inextricable dans la région. Ensuite, l'offensive sur Raqqa, capitale de l'EI, un objectif déterminant pour la sécurité française, car cette ville reste le fief de nombreux terroristes qui pourraient frapper chez nous.

Cette offensive devrait justement battre son plein aux alentours du mois de février, date à laquelle le candidat Trump aura endossé son costume présidentiel. Or, le nouveau chef de l'exécutif américain a clairement laissé entendre que la Syrie n'était pas sa priorité. Son ambition martelée au cours de la campagne de se rapprocher de Vladimir Poutine et indirectement de Bachar al-Assad semble indiquer qu'il leur sous-traiterait la gestion du problème. Mais sous quelles conditions, et surtout pour quel résultat ?

Interlocuteurs non identifiés, avenir de l'OTAN en suspens. Si la diplomatie française demeure dans un flou aussi total, c'est que les échanges informels qui se tiennent traditionnellement entre le Quai d'Orsay et les équipes des candidats à la Maison-Blanche ont été inexistants avec l'équipe de Donald Trump. Côté démocrate, Hillary Clinton avait déjà constitué une sorte de "gouvernement fantôme" avec des interlocuteurs bien identifiés. Côté républicain, rien de tout cela en revanche. Dernier point à éclaircir sur les intentions du nouveau président américain sur la scène internationale, sa politique vis-à-vis de l'OTAN.

Même s'il a menacé de sortir de l'organisation atlantiste, cette option semble assez irréaliste : l'OTAN est une création américaine, un instrument essentiel de leur politique extérieure de ces cinquante dernières années. En revanche, Donald Trump pourrait bien taper du poing sur la table et presser les autres Etats-membres de respecter le traité qui les lie à l'OTAN. Ils sont en effet censés contribuer à hauteur de 2% de leur PIB au financement de l'organisation. Or, la France, qui est un bon élève en la matière, n'est qu'à 1,8%.