Autriche : l'extrême droite incontournable au coeur des enjeux des législatives

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L'Autriche vote dimanche à l'occasion de législatives qui pourraient faire du conservateur Sebastian Kurz, 31 ans, le plus jeune dirigeant d'Europe et ouvrir la voie à un retour de l'extrême droite.

Si l'Autriche est soulagée d'en terminer avec "la plus sale" campagne électorale de son histoire, un casse-tête se profile pour former une coalition gouvernementale, à l'issue des législatives de dimanche, avec l'extrême droite en arbitre.

L'extrême droite haute dans les sondages. Le chancelier social-démocrate (SPÖ) Christian Kern, dont le parti gouverne depuis dix ans avec les conservateurs, a jeté ses dernières forces dans la bataille samedi pour tenter de convaincre les électeurs de s'opposer au virage à droite du pays, pronostiqué par tous les sondages. Le chef du parti conservateur (ÖVP) Sebastian Kurz, ministre des Affaires étrangères de 31 ans, est donné vainqueur à plus de 30% des suffrages, tandis que le parti d'extrême droite FPÖ et les sociaux-démocrates se disputent la seconde place autour de 25%.

Un rapprochement possible entre conservateurs. Sebastian Kurz fera-t-il alliance avec "les bleus" du FPÖ, eurosceptiques et nationalistes, dont il a embrassé le discours de fermeté vis-à-vis de l'immigration ? C'est l'une des multiples combinaisons possibles. "Ils trahiront à nouveau les plus modestes et leur feront payer une addition amère après l'élection", a lancé Christian Kern aux militants venus l'écouter dans un quartier populaire de Vienne, mettant en garde contre le "retour de l'expérience 'noirs-bleus'", un accord de coalition entre conservateurs et extrême droite. L'ÖVP et le FPÖ, alors dirigé par Jörg Haider, ont déjà gouverné ensemble dans les années 2000.

Si le parti d'extrême droite affiche des positions compatibles avec les conservateurs, il mord aussi sur l'électorat des sociaux-démocrates en se présentant comme le défenseur des classes populaires. Une partie du SPÖ ne serait pas hostile à une coalition avec l'extrême droite, moyennant une probable éviction de Christian Kern de la direction du parti.

Le FPÖ croit en ses chances. Symbole de cette concurrence : Heinz-Christian Strache, leader du FPÖ depuis douze ans, a organisé son dernier rendez-vous de campagne viennois, vendredi soir, à l'endroit même où le chef du gouvernement a bouclé sa campagne samedi matin. Habile tribun qui polit l'image de son parti, sans rien céder de son hostilité à l'immigration et à l'islam, Heinz-Christian Strache se rêve en vice-chancelier du futur gouvernement. Mais il se garde bien de désigner son partenaire de prédilection. Il agite l'épouvantail d'une poursuite de la coalition gauche-droite à l'issue des élections.

Le parti, fondé par d'anciens nazis et rejoint par des libéraux, surfe depuis deux ans sur les effets de la crise des réfugiés qui a vu l'Autriche accueillir un grand nombre de demandeurs d'asile : "Nous ne voulons pas d'islamisation de notre patrie (…) nous ne voulons pas devenir une minorité dans notre propre pays", a encore martelé vendredi Heinz-Christian Strache.

Une "sale" campagne". Le FPÖ a également été servi par une fin de campagne chaotique, qui a tourné au grand déballage et aux échanges d'invectives entre sociaux-démocrates et conservateurs. Ce fut, aux yeux des commentateurs, la campagne électorale "la plus sale" vécue par l'Autriche. En cause : des révélations sur le rôle joué par un ancien consultant du SPÖ dans l'organisation d'une campagne de calomnies contre Sebastian Kurz, à base de fausses informations sur internet et de caricatures grossières.