Attentats en Tunisie : faut-il s’inquiéter ?

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Attentats en Tunisie : faut-il s’inquiéter ?
Une plage de Sousse, port touristique à environ 140 kilomètres au sud du Tunis, où un kamikaze s'est fait exploser, mercredi 30 octobre.@ REUTERS
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LE POINT DE VUE DE - Salah Zeghidi, farouche opposant d'Ennahda et de l'ancien régime de Ben Ali. 

Le contexte. Mercredi 30 octobre, la Tunisie a été la cible de deux attentats qui n'ont pas fait de victimes hormis un kamikaze. Ces attaques interviennent quelques jours seulement après l'ouverture d'un "dialogue national", censé aboutir à la nomination d'un nouveau Premier ministre et à une sortie de crise politique.

>>> Cette menace terroriste est-elle en mesure de remettre en cause ce "dialogue national" ? Europe1.fr a posé la question à Salah Zeghidi. Ancien responsable syndical, membre actif de la Ligue des droits l’Homme (LDH) tunisienne, co-fondateur et porte-parole du mouvement "Initiative nationale pour un front uni des forces civiles et démocratiques", Salah Zeghidi est un farouche opposant au parti en place Ennahda et de l’ancien régime de Ben Ali. Interview.

Ces attentats ont été un choc en Tunisie. Comment les vivez-vous ?
On les vit très mal. Parce qu’on y est pas habitué. Ni dans la réalité que nous avons vécue jusqu’ici. Ni même dans l’esprit. Avant le 14 janvier 2011 et la chute de Ben Ali, on n’avait jamais imaginé qu’un jour, la Tunisie serait le centre très actif d’un terrorisme violent. Personne, les citoyens comme les militants politiques, ne pensait que le terrorisme s’implanterait dans le pays avec autant de force.

Justement, à quoi attribuez-vous la montée du terrorisme en Tunisie ?
Je suis de ceux qui lient directement l’apparition du terrorisme à la montée de l’islam politique au pouvoir il y a exactement deux ans en octobre 2011. Quand l’islam politique prend le pouvoir dans un pays comme la Tunisie où la référence est l‘islam, évidemment sa frange la plus radicale finit par tomber dans le terrorisme. Le gouvernement en assume une très grande responsabilité par son laxisme, et parfois même par sa complicité.

Depuis deux ans, Ennahda montre non seulement son incapacité à combattre le terrorisme, mais aussi son incompétence dans la gestion de l’Etat. Indépendamment des critiques idéologiques que l’on peut faire à l’islam politique, il est incapable de gérer un Etat moderne comme la Tunisie.
Et puis, la Tunisie n’échappe pas au contexte régional. Voyez ce qui se passe en Syrie, en Egypte, au Yémen et en Libye. 

Le processus de transition politique, ou "dialogue national", lancé vendredi 25 octobre est-il menacé, selon vous ?
Je suis de ceux qui se sont battus pour l’ouverture de ce "dialogue national". Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans la rue pour se débarrasser de ce gouvernement. Le "dialogue national" est en cours. Il continue.

Mais êtes- vous inquiet pour l'avenir de la Tunisie ?
Grâce au "dialogue national", nous avons déjà obtenu un gouvernement transitoire, mais il ne faut pas se tromper : Ennahda reste au pouvoir. Il l’a acquis par les urnes il y a deux ans avec 36,5 % des suffrages. Le peuple a voté pour lui et ses alliés. S’il doit quitter le pouvoir, il ne le fera que lors des prochaines élections, dans six mois selon la feuille de route, discutée dans le cadre du "dialogue national". C’est pour cela que qu’on a tenu à un gouvernement de technocrates non politique. Pour que les élections soient transparentes et démocratiques.
On verra alors si le peuple continue à faire confiance à Ennadha ou s’il choisit comme nous leur proposons un front de partis civils (c’est-à-dire non religieux) et démocratiques. Entre-temps, il faudra avec le gouvernement transitoire réussir à endiguer la montée du terrorisme sans quoi les élections ne pourront pas se passer normalement.