Attentat de Manchester : quand des trolls diffusent des fausses photos de victimes

  • A
  • A
Attentat de Manchester : quand des trolls diffusent des fausses photos de victimes
Les photos barrées d'une croix rouge sont celles de fausses victimes, celles avec le signe "validé" ont été retrouvées.@ Capture d'écran Twitter
Partagez sur :

Dans les heures qui ont suivi l'attentat de Manchester, commis lundi soir au concert d'Ariana Grande, certains internautes ont trouvé drôle de diffuser de fausses photos de disparus…

Comme à Paris en novembre 2015, comme à Nice en juillet 2016, un esprit d'entraide et de solidarité s'est à nouveau manifesté sur les réseaux sociaux lundi soir, après l'explosion qui a fait au moins 22 morts à Manchester, au Royaume-Uni, lors du concert d'Ariana Grande. Mais le meilleur a aussi côtoyé le pire. Alors que certaines familles cherchaient désespérément des nouvelles de leurs proches, plusieurs internautes, jouant sur cette détresse et cette solidarité, se sont amusés à relayer de faux avis de recherche sur la Toile.

Des personnes obligées de démentir leur disparition. Tout est parti d'une galerie de portraits de personnes censées être portées disparues après l'attaque. Une galerie notamment relayée par le DailyMail Online, qui s'était déjà fait piéger lors de l'attentat de Nice. Car si certains de ces clichés se sont révélés bien réels, d'autres relevaient d'une simple volonté de nuire. Une photographe australienne a ainsi été choquée de reconnaître sa fille sur l'un de ces faux clichés, alors que celle-ci se trouvait au même moment à l’école, à des milliers de kilomètres de la Manchester Arena.

"ELLE N'EST PAS DISPARUE ! QUELQU'UN A DIT QU'ELLE L'ÉTAIT MAIS C'EST UN MENSONGE ! RETWEETEZ S'IL VOUS PLAÎT POUR FAIRE SAVOIR QU'ELLE EST EN SÉCURITÉ !"

Même chose pour une journaliste basée au Mexique, qui a dû démentir sa propre disparition sur les réseaux sociaux.

 

"Dans le but d'en rire". Un YouTubeur américain, Report of the week, a lui aussi eu la mauvaise surprise de voir sa photo apparaître dans un tweet de son soi-disant "père" appelant à le retrouver. Un message partagé plus de 17.000 fois mais complètement mensonger. Le jeune homme a ainsi dû publier une vidéo depuis les États-Unis, où il se trouvait lors de l'attaque, pour expliquer qu’il était bien vivant : "Malheureusement, c'est une tentative faite par plusieurs trolls pour tromper le public avec des fake news, dans le but d'en rire," déplore-t-il.

"Mon fils était à la Manchester Arena aujourd'hui. Il ne répond pas à mes appels. S'il vous plaît, aidez-moi."


Des trolls parfois difficiles à détecter. Parmi ces trolls, certains se revendiquent du "GamerGate Movement", un groupe de joueurs de jeux vidéo notamment soupçonné d'avoir cautionné, voire activement participé à des campagnes de harcèlement en ligne contre des personnalités féministes. L'un d'entre eux, particulièrement actif dans la nuit de lundi à mardi, prend d'ailleurs un malin plaisir à répondre à tous ses détracteurs, et à se gargariser de son trolling.

"Non seulement c'est mon troll qui a le mieux marché, mais en plus, c'est fait d'un compte que je n'utilise que depuis trois jours tout au plus"

Si en remontant son profil, nul doute n'est permis quant à la supercherie, d'autres comptes paraissent plus crédibles. Une supposée Kylie Manser s'est par exemple lancée en quête de son petit frère. Mais surtout en quête de retweets.

"QUE TOUT LE MONDE RETWEETE ÇA S'IL VOUS PLAÎT AIDEZ-MOI ! C'EST MON PETIT FRÈRE FRANK NOUS SOMMES ALLÉS AU CONCERT CE SOIR À MANCHESTER ET MAINTENANT NOUS NE LE TROUVONS PLUS SVP"

Car, en faisant une simple recherche inversée, il apparaît très clairement que la photo en question n'est autre que celle d'un enfant posant pour une marque dédiée aux personnes atteintes de trisomie, comme le montre cet article datant de 2014.

Vérifications. Afin de démêler le vrai du faux, plusieurs internautes ont ainsi décidé de répertorier l'ensemble des photos partagées et d'actualiser leurs vérifications au cours de la nuit.

Ce genre de fausses informations perturbe en effet le travail de la police et peut rallonger les délais pour retrouver les personnes réellement disparues. Déjà, en mai 2016, de faux avis de recherches avaient circulé sur Internet après la disparition du vol Egyptair reliant Paris au Caire.