Armes en Syrie : Paris veut aider la rébellion

Le président français, François Hollande a reçu à l'Elysée les principaux représentants de la rébellion syrienne.
Le président français, François Hollande a reçu à l'Elysée les principaux représentants de la rébellion syrienne. © Reuters
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Charles Carrasco , modifié à
François Hollande plaide pour une levée de l'interdiction européenne. Londres aussi.

L'INFO. Deux ans après le déclenchement de la contestation en Syrie et sa répression sanglante -entre 70.000 et 100.000 selon les sources-, le ton change aux sein des chancelleries française et britannique. Les deux gouvernements prônent désormais une levée rapide de l'embargo européen pour pouvoir livrer des armes aux rebelles de l'armée syrienne libre. Le président français, François Hollande l'a confirmé jeudi. "Nous souhaitons que les Européens lèvent l'embargo (...) Nous sommes prêts à soutenir la rébellion, donc nous sommes prêts à aller jusque là. Nous devons prendre nos responsabilités", a-t-il déclaré à la presse à son arrivée au sommet européen qui se tient jusqu'à vendredi.

Il a précisé que la France devait "d'abord convaincre ses partenaires européens", alors que la Syrie n'est officiellement pas au menu des discussions du sommet consacré essentiellement à "la relance" de l'économie européenne. Un peu plus tard, François Hollande a précisé que Paris "prendra[it] ses responsabilités" si un ou deux de ses partenaires européens s'opposaient à la levée de l'embargo.

Fabius sur la même ligne. Cette "accélération" diplomatique dans le dossier syrien avait déjà été évoquée quelques heures plus tôt par Laurent Fabius. Paris et Londres demandent "aux Européens, maintenant, de lever l'embargo pour que les résistants aient la possibilité de se défendre", a déclaré jeudi le chef de la diplomatie française sur France Info.

Quel est l'objectif ? Selon des responsables français s'exprimant sous anonymat, l'idée est de fournir à la rébellion syrienne notamment des missiles sol-air pour contrer les attaques des avions et hélicoptères de l'armée syrienne.

Syrie

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Quel embargo ? Jusqu'à présent, l'embargo décidé par l'Union européenne interdit de telles livraisons et certains de ses membres, comme Paris et Londres, ne fournissent aux rebelles syriens que des matériels non létaux comme des moyens de protection ou de communication. Les Etats-Unis font de même avec de l'aide à l'opposition et du matériel médical et des rations alimentaires aux rebelles.

Une "dead-line" avancée ? L'examen par l'Union européenne de la poursuite de l'embargo est normalement prévu fin mai. Cependant Français et Britanniques vont demander de l'avancer, a indiqué Laurent Fabius. "Il faut aller très vite" et "nous allons demander avec les Britanniques que la réunion (...) soit avancée", a-t-il dit, n'excluant pas qu'elle intervienne avant fin mars. Et si l'embargo n'était pas levé, Laurent Fabius a dit que la France "est une nation souveraine", laissant entendre qu'elle était prête à s'en affranchir.

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Qu'en pensent nos voisins ? Avant lui, le Premier ministre britannique David Cameron avait aussi indiqué que son pays pourrait se désolidariser de l'embargo. "C'est possible (...) nous pouvons avoir une politique étrangère indépendante". Plusieurs membres de l'UE, dont l'Allemagne, voient d'un mauvais oeil l'idée de lever l'embargo, jugeant que cela ne pourrait qu'aggraver le conflit, déclenché le 15 mars 2011 par une révolte populaire qui s'est militarisée face à la répression. Mais Berlin a dit être prêt à en discuter "immédiatement".

Le Premier ministre socialiste belge, Elio Di Rupo, a souligné que ces questions étaient "extrêmement complexes" et ne pouvaient se résoudre "par oui ou non". Son homologue luxembourgeois, Jean-Claude Juncker, a exprimé le souhait que "l'Union européenne qui se targue de vouloir mettre en place une politique étrangère commune se mette d'accord sur une même ligne".

"On en a déjà beaucoup parlé au niveau européen et il avait été décidé de ne pas intervenir, mais si la France et la Grande-Bretagne ont de nouvelles raisons, on va les écouter", a déclaré pour sa part le Néerlandais Mark Rutte.

L'Autriche, qui a des casques bleus sur le plateau du Golan et craint les représailles, est réticente. Quant à la chancelière allemande, Angela Merkel, elle a dit qu'elle était prête à écouter David Cameron et François Hollande, mais elle n'est pas très enthousiaste.

Une "violation du droit". Cette volonté est "une violation flagrante du droit international", a indiqué jeudi l'agence officielle syrienne Sana qui qualifie les rebelles de "groupes terroristes".