Antisémitisme : pourquoi Jeremy Corbyn est-il embourbé dans une (nouvelle) controverse ?

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Antisémitisme : pourquoi Jeremy Corbyn est-il embourbé dans une (nouvelle) controverse ?
Jeremy Corbyn est régulièrement accusé d'antisémitisme.@ NIKLAS HALLE'N / AFP
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Le leader du parti travailliste britannique est rattrapé par des accusations d'antisémitisme après avoir été photographié déposant une gerbe de fleurs sur la tombe d'un terroriste palestinien.

C'est une photographie qui a (re)mis le feu aux poudres. Samedi, le populaire et conservateur Daily Mail a publié un cliché datant de 2014, sur lequel on voit Jeremy Corbyn dans un cimetière de Tunis, une gerbe de fleurs à la main. Ce qui, à première vue, ne pose aucun problème. Mais le leader du parti travailliste était alors en train de se recueillir sur la tombe des membres de Septembre noir, le groupe terroriste palestinien qui avait pris en otage des athlètes israéliens aux Jeux olympiques de Munich, en 1972.

Mercredi, le Daily Mail a ajouté une autre image montrant Jeremy Corbyn, qui n'était alors que député, à côté de Maher al-Taher, membre du Front populaire de libération de la Palestine, à l'occasion de la même cérémonie dans ce cimetière. C'était un mois avant que le FPLP ne revendique l'assassinat de quatre rabbins dans une synagogue de Jérusalem. Les deux images ont relancé une polémique déjà ancienne sur l'antisémitisme de Jeremy Corbyn et du parti travailliste britannique dans son ensemble.

Corbyn se justifie. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, a immédiatement réagi à la première photographie sur Twitter, lundi, appelant à une "condamnation sans équivoque de la part de tous [les bords politiques], la gauche, la droite et tout ce qu'il y a entre les deux". Jeremy Corbyn, de son côté, s'est empressé de se justifier. Il a notamment expliqué que deux cérémonies différentes se tenaient dans ce cimetière de Tunis le même jour. L'une était bien en mémoire des membres de Septembre noir, l'autre honorait les 47 victimes palestiniennes d'une attaque aérienne israélienne menée en 1985. Le leader du parti travailliste assure n'avoir participé qu'à la seconde. Pour l'autre, il a reconnu sa présence, tout en niant avoir été "directement impliqué". "Ce qui mérite une condamnation sans équivoque, c'est le massacre par les forces israéliennes de 160 manifestants palestiniens, dont des dizaines d'enfants, à Gaza depuis le mois de mars", a répliqué le responsable britannique sur Twitter à l'adresse de Benyamin Netanyahou.



Glissement vers l'antisémitisme. La seconde image, celle le présentant à côté de Maher al-Taher, est donc venue remettre de l'huile sur le feu d'une polémique brûlante depuis l'élection de Corbyn à la tête du parti travailliste, en 2015. Le leader politique soutient en effet ouvertement la cause palestinienne. Il parraine la Palestine Solidarity Campaign, un collectif qui prône entre autres le boycott des produits israéliens. S'il s'est toujours défendu d'être lui-même antisémite, Jeremy Corbyn a été critiqué à de nombreuses reprises pour, à tout le moins, fermer les yeux sur un dangereux glissement de certains militants et élus de son parti.

Régulièrement "du côté des antisémites". En 2016, il avait ainsi tardé à exclure du parti travailliste Ken Livingstone, l'ancien maire de Londres, qui avait affirmé à la radio qu'Adolf Hitler "soutenait le sionisme". À l'époque, le Board of Deputies of British Jews et le Jewish Leadership Council, deux organisations représentant la communauté juive, avaient écrit une virulente lettre à Jeremy Corbyn, accusant l'élu de se retrouver régulièrement "du côté des antisémites". À la même période, une ancienne de ses publications Facebook, datant de 2012 et dans laquelle il apportait son soutien à un artiste de rue dont l'œuvre comportait des symboles antisémites, avait été exhumée. Et Jeremy Corbyn contraint de présenter ses excuses.

Depuis, les accusations d'antisémitismes du parti travailliste et de son leader émergent à intervalles réguliers. En avril dernier, le Sunday Times a publié une enquête sur les partisans de Jeremy Corbyn sur Facebook. L'hebdomadaire avait relevé la présence de plus de 2.000 messages antisémites, voire révisionnistes, qui impliquaient parfois des responsables travaillant pour le chef du Labour, comme son bras droit ou son porte-parole aux Affaires financières.

Vous avez prouvé que vous ne voulez pas de gens comme moi au sein du parti. Vous êtes un antisémite et un raciste.

"Vous êtes antisémite et raciste". En juillet, la députée travailliste Margaret Hodge, de confession juive, a explosé de colère au Parlement selon des témoins présents. "Vous avez prouvé que vous ne voulez pas de gens comme moi au sein du parti", a-t-elle déclaré à Jeremy Corbyn. "Vous êtes un putain d'antisémite et raciste." En cause pour expliquer ce courroux : la frilosité du leader travailliste pour introduire, dans le règlement du parti, une définition de l'antisémitisme correspondant à celle donnée par l'International Holocaust Remembrance Alliance. Si Jeremy Corbyn a bien accepté de le faire au début de l'été, il a néanmoins refusé d'inclure la totalité des onze exemples d'antisémitisme donnés par l'organisation, dont le fait d'accuser des juifs d'être "plus loyaux envers Israël que leur propre nation".

Eteindre l'incendie. Là encore, Jeremy Corbyn a tenté d'éteindre l'incendie en publiant, le 4 août, une tribune dans le Guardian dans laquelle il reconnaissait que son parti a "un vrai problème" d'antisémitisme et "est en train de travailler pour le résoudre". "Chasser l'antisémitisme du parti pour de bon, et reconstruire la confiance [avec la communauté juive] sont nos priorités", assurait-il également. Le lendemain, sur sa chaîne YouTube, le chef du Labour a martelé : "Ceux qui utilisent un poison antisémite doivent comprendre : ne le faites pas en mon nom, ou au nom de mon parti. Vous n'êtes pas de nos soutiens."

Finalement, Jeremy Corbyn devrait, selon le Guardian, lâcher du lest et trouver un compromis sur la définition de l'antisémitisme au sein du parti. "Jeremy a dit qu'il était ouvert au changement", assure une source au quotidien britannique. Reste à savoir si cela sera suffisant pour "restaurer la confiance".