A Dachau, Angela Merkel appelle "à ne jamais oublier"

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A Dachau, Angela Merkel appelle "à ne jamais oublier"
@ CHRISTOF STACHE / AFP
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COMMÉMORATION - La chancelière allemande a commémoré dimanche, en compagnie de rescapés, le 70e anniversaire de la libération du premier camp de concentration nazi. 

Un 70e anniversaire sous une pluie battante et dans un silence assourdissant. Angela Merkel, accompagnée de survivants, s'est retrouvée dimanche, sur le site du camp de concentration Dachau, dans le sud de l'Allemagne, pour une commémoration émouvante. L'occasion était particulière car c'est la seule fois, durant cette année qui commémore les 70 ans de la fin du nazisme, que la chancelière se rend à une cérémonie dans un camp. De plus, c'est une des dernières occasions pour un dirigeant allemand de côtoyer d'anciens déportés, de plus en plus rares en raison de leur grand âge.

Recueillement devant l'ancien crématorium. Arrivée sous des trombes d'eau, Angela Merkel a été accueillie notamment par Josef Schuster, président du Conseil central des juifs d'Allemagne. Avec un ancien déporté français de 94 ans, Clément Quentin, la chancelière, le visage fermé, en imperméable bleu marine, a déposé une gerbe de fleurs devant l'ancien crématorium. 

Angela Merkel, qui est née neuf après la fin de la Seconde guerre mondiale, s'est ensuite exprimée en appelant "à ne jamais fermer les yeux" devant l'antisémitisme. La chancelière a également martelé que le judaïsme était "une partie de notre identité". 

Ces "horreurs insondables", a-t-elle aussi lancé, "nous commandent de ne jamais oublier". "Non, nous n'oublierons jamais. Nous n'oublierons pas en mémoire des victimes, dans notre intérêt et dans l'intérêt des générations futures. Ces camps préservent notre mémoire", a-t-elle ajouté.

"Arbeit macht frei". Dans un silence lourd uniquement interrompu par les cloches des chapelles du camp, la foule mêlant rescapés, anciens combattants américains et responsables politiques, a effectué à pied le chemin vers la Place d'appel où les prisonniers, soumis au travail forcé, étaient comptés chaque jour. Plus de 130 survivants et leurs proches avaient auparavant franchi la porte d'entrée du camp en fer forgée sur laquelle est inscrite la sinistre devise des nazis "Arbeit macht frei" ("Le travail rend libre") pour venir se recueillir sur les lieux de leur calvaire.

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© CHRISTOF STACHE / AFP

À 21 ans, "la guerre m'avait volé la jeunesse". Des rescapés du camp ont aussi pris la parole. Quand les Américains ont libéré le camp, "je me suis senti redevenir un être humain", a raconté un rescapé français, Jean Samuel, dans un vibrant témoignage. Les Américains "n'en croyaient pas leurs yeux devant les monceaux de cadavres" qu'ils ont découverts à leur arrivée dans cette usine de la mort, a-t-il ajouté. "J'avais 21 ans, la guerre m'avait volé ma jeunesse", a-t-il poursuivi. Il a aussi évoqué ses années de silence après la guerre avant finalement de commencer à témoigner de sa déportation à l'âge de la retraite. 

Le tout premier camp de concentration allemand. Le camp de Dachau est le premier camp de concentration nazi, ouvert en mars 1933, deux mois seulement après l'arrivée au pouvoir d'Adolf Hitler. Il a ainsi servi de modèle à tous les autres camps de la mort, Treblinka, Bergen-Belsen, Birkenau …etc. 

Une usine de la mort. Situé près d'une bourgade du même nom, à 17 km au nord-ouest de Munich, la capitale bavaroise, le camp de Dachau a reçu dans un premier temps des détenus politiques et chrétiens opposés au nazisme, puis, des juifs, des tziganes, des homosexuels et des prisonniers russes. Les conditions de vie désastreuses, le régime de terreur instauré par les nazis mais aussi les exécutions arbitraires ont provoqué la mort de 41.000 détenus. 

Le 29 avril 1945, les lieux avaient été libérés par l'armée américaine qui avait alors découvert l'horreur. Les images d'archives de l'époque, tournées par des soldats, montrent des cadavres empilés, des charniers à ciel ouvert ainsi que des survivants hagards, malades, la peau sur les os.

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