Algérie : il y a un an, le "cauchemar" d'In Amenas

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Algérie : il y a un an, le "cauchemar" d'In Amenas
Le site de Tiguentourine dans la localité d'In Aménas, à quelque 1.300 km au sud-est d'Alger, a été la cible le 16 janvier 2013 d'une prise d'otages sanglante de trois jours.@ REUTERS
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RECIT VIDEO - Walid Berrissoul, journaliste à Europe 1, a co-écrit un livre sur cette affaire. 

L'INFO. C'était il y a un an pile. Le 16 janvier 2013, des membres du groupe islamiste des "Signataires par le sang" de l'Algérien Mokhtar Belmokhtar parvenaient à entrer sur le site gazier d'In Amenas en Algérie. Ils capturent alors des centaines d'Algériens et d'étrangers, invoquant des représailles contre l'intervention de l'armée française au Mali. Trois jours plus tard, l'intervention des forces de sécurité se soldera par la mort de 38 employés de dix nationalités et 29 assaillants.

>>> Walid Berrissoul, journaliste à Europe 1, a cosigné avec Murielle Ravey, infirmière responsable des urgences sur le site et rescapée, un livre intitulé 25:00 In Amenas, Histoire d'un piège (Ed. La Martinière). Cette affaire qui a ému le monde entier contient encore son lot de questions, notamment sur la sécurité du site mais aussi sur l'intervention de l'armée algérienne. Europe1.fr a sélectionné les "bonnes feuilles" de ce livre événement.  

 EPISODE 1

Ce 16 janvier, sur le site de Tiguentourine, à In Aménas à quelque 1.300 km au sud-est d'Alger, c'est d'abord une alarme qui se déclenche. Murielle Ravey, infirmière, croit à un incendie ou à un accident industriel. Elle se prépare à intervenir. C'est alors que plusieurs coups de feu retentissent. Les salariés de ce site stratégique se rendent vite compte qu'il s'agit d'une attaque terroriste. Murielle Ravey se souvient :

"Le jeune ingénieur algérien du service de l’environnement de l’usine court vers nous. Ses bras et ses jambes s’élancent dans le désespoir. Ses yeux légèrement en amande et son visage poupin sont complètement déformés par la peur. Un masque de terreur, pétrifié, comme celui d’un habitant de Pompéi dont la dernière vision avant de mourir aurait été celle d’une vague de lave en fusion lui fonçant dessus à la vitesse de l’éclair : – C’est une attaque terroriste ! C’est une attaque terroriste ! Ils arrivent !

(…)Le jeune Algérien vient d’avoir la peur de sa vie. Farid a la trentaine. Il appartient à cette génération privée de jeunesse pendant des années par ceux- là mêmes qu’il vient de désigner. Les « terroristes » sont donc à In Amenas. Dans les yeux sidérés de Farid, les sanglantes années 1990 viennent avec fracas de faire leur réapparition sur le sol algérien."

>>> En Algérie, cette attaque est perçue un brutal retour aux "années noires" de l'Algérie qui ont fait des dizaines de milliers de victimes. La décennie qui opposa le gouvernement et divers groupes islamistes :



In Amenas : le retour "des années noires"par Europe1fr

EPISODE 2

Murielle Ravey sait qu'elle est une cible potentielle des terroristes, en tant que Française mais aussi en tant que femme. Cette prise d'otages a lieu alors que la France vient juste de lancer l'opération Serval au Mali. Murielle Ravey reste donc cachée dans des bureaux, à guetter les bruits, à tenter de survivre… Tout au long des 25 heures de "détention", elle ne verra jamais les assaillants. Grâce à l'aide de ses collègues algériens, elle parvient à s'enfuir au deuxième jour de l'attaque. La clôture a été au préalable sectionnée. Le petit groupe sera finalement récupéré par l'armée algérienne qui lancera son assaut le lendemain.  

"L’assaut est pour cet après- midi. La base de vie est si proche. On peut voir les bâtiments. On peut deviner que, derrière le silence des murs, des portes et des fenêtres, il y a des êtres humains pris au piège. Je suis du bon côté de la clôture. Eux, du mauvais. Yann est de l’autre côté. Son bureau est situé à l’entrée du site. Juste en face de la porte principale. Je peux le voir ! Et je ne peux rien faire. L’officier aux cheveux poivre et sel est trop poli pour me hurler : « Circulez, y’a rien à voir ! », mais les civils n’ont rien à faire sur un poste militaire. Nous avons été recueillis, examinés, rapidement interrogés, il faut maintenant partir. Alors, je monte dans le bus, le regard tourné jusqu’au dernier moment vers la base de vie. On s’en va. Je regarde une tombe".

 >>> Lorsque Murielle Ravey est évacuée, un vif sentiment de culpabilité l'habite.



In Amenas : "Murielle Ravey était du bon côté...par Europe1fr



EPISODE 3

Parmi les victimes, il y a un Français : Yann Desjeux, un ancien parachutiste. Pour connaître notamment les circonstances de sa mort, la justice française a décidé de nommer trois juges antiterroristes pour enquêter. Car depuis un an, sa famille cherche à savoir s'il a été tué par les terroristes ou par l'armée algérienne lors de l'assaut. Durant cette prise d'otages, ce Français, sous la contrainte de ses geôliers, a été interrogé par un journaliste de France 24. Il connaît Murielle Ravey. Il sait qu'elle est aussi sur le site et qu'elle se cache. Les informations qu'il va livrer au journaliste vont s'avérer cruciales :

"Lemine Ould M’Salem (France 24) : Comment est- ce que vous êtes traités par vos ravisseurs ?
Yann Desjeux : Nous sommes bien traités, ils prennent soin de nous…
Lemine Ould M’Salem : Oui…
Yann Desjeux : Ils nous mettent à l’abri éventuellement des tirs, éventuellement des…
(Il lui coupe la parole.)
Lemine Ould M’Salem : Combien de Français êtes- vous ?…
Combien de Français êtes- vous pris en otages sur le site ?
Yann Desjeux : Pour le moment, sur le site où je suis, je suis tout seul.
Lemine Ould M’Salem : Il paraît qu’il y a d’autres Français, euh…
Yann Desjeux : Peut- être, parce… (Il s’interrompt.)
Lemine Ould M’Salem : Combien sont- ils ?
Yann Desjeux : Je ne sais pas du tout."

>>> En réalité, Yann Desjeux a fait en sorte que les terroristes ignorent la présence de Murielle Ravey.



In Amenas : Yann Desjeux  a protégé des otagespar Europe1fr

EPISODE 4

C'est la grande question dans cette affaire : comment les terroristes ont-ils pu entrer sur ce site stratégique ? Ce que l'on sait c'est que la surveillance du site était confiée à l'armée algérienne. Quant à la sécurité intérieure, elle devait être assurée par les services du groupe gazier algérien Sonatrach, qui exploitait le site avec le britannique BP et le norvégien Statoil. Mais il y a eu un relâchement des mesures de sécurité qui s'est notamment illustré lors d'une grève de la faim d'une partie du personnel local. Leurs proches et familles avaient pu s'introduire sans difficulté sur le site.

"Plus inquiétant encore, Paul Morgan (le chef de la sécurité qui a été tué, ndlr) expose à sa hiérarchie ses doutes sur l’identité et les intentions de certains de ces visiteurs : « Contrairement à ce qu’assurent les gardes et les gendarmes, les visiteurs ne sont absolument pas fouillés (les hommes ne fouillent pas les femmes, un point c’est tout), et je n’ai absolument aucun moyen de savoir avec certitude s’il n’y a pas des infiltrés parmi eux. » Paul Morgan ne précise pas la nature de ses soupçons sur ces potentiels « infiltrés ». Pense- t-il à des taupes d’Al- Qaïda au Maghreb islamique, ou à ses alliés, de plus en plus actifs dans la région ? Est- il conscient de la possibilité jugée « crédible » d’attentats contre des installations gazières dans le Sud algérien ?"

>>> Aujourd'hui, la complicité est avérée puisqu'un des chauffeurs livreurs qui faisaient des va-et-vient sur le site a été arrêté et aurait livré des informations aux terroristes.



In Amenas : des "complicités"par Europe1fr

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