Algérie : ce qui attend Hollande

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Algérie : ce qui attend Hollande
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ZOOM - Le président français veut dépasser l'enjeu mémoriel lors de sa visite mercredi et jeudi. 

Son élection le 6 mai dernier avait été saluée par un concert de klaxons à Alger. L'attente est donc grande pour une partie de la population algérienne. Cinq ans après la venue de son prédécesseur, François Hollande effectue une visite officielle mercredi et jeudi pour tenter de normaliser les relations franco-algériennes.

Coopération industrielle, universitaire ou dans le domaine de la défense : Alger et Paris espèrent signer pas moins d'une quinzaine d'accords de partenariat à cette occasion. Le président français sera flanqué d'une importante délégation de chefs d'entreprises ainsi que de nombreuses personnalités. Tour d'horizon des dossiers qui attendent François Hollande.

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© MaxPPP

• L'enjeu mémoriel. La question mémorielle sera "inévitable", affirme d'emblée Mourad Medelci, le ministre algérien des Affaires étrangères. François Hollande est donc attendu de pied ferme sur cette question même si le président algérien, Abdelaziz Bouteflika préfère évoquer "l'avenir" avec le président français. A Alger, quatorze partis algériens ont déjà mis la pression au chef de l'Etat français en demandant, officiellement, la reconnaissance des crimes coloniaux. Ils dénoncent "le refus des autorités françaises de reconnaître, s'excuser et indemniser, matériellement et moralement, les crimes commis par la France coloniale en Algérie".

Pour autant, la visite du chef de l'Etat ne devrait pas être celle de la "repentance", mais celle d'"un regard lucide", dit-on dans son entourage. Le président français, qui ne souhaite pas "s'enfermer dans une discussion sans fin sur le passé", pourra néanmoins évoquer sa vision de l'Histoire lors d'un discours jeudi devant les deux chambres du Parlement algérien. Il pourrait également revenir sur la "repentance" lors d'un autre discours devant des étudiants réunis à l'université Aboubakr-Belkaïd de Tlemcen, à 800 kilomètres de la capitale. Le protocole de cette visite comporte également un hommage au militant communiste et indépendantiste Maurice Audin, sur la place d'Alger qui porte son nom.

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Reste que la question mémorielle demeure sensible en France, comme l'a constaté François Hollande en reconnaissant, au grand dam de certains élus de l'opposition, la responsabilité de la France dans le massacre d'indépendantistes algériens à Paris le 17 octobre 1961.

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• Les enjeux économiques. Côté business, le point d'orgue de cette visite sera la signature, mercredi, d'un accord du constructeur automobile Renault lui permettant d'installer une usine de montage en Algérie. Elle sera implantée près d'Oran, dans la deuxième ville du pays, selon des informations du quotidien Le Figaro. Cette nouvelle unité serait détenue à 51% par l'État algérien, le constructeur français détenant les 49% restants. Le site fabriquera des Renault Symbol, une voiture dérivée de la Logan de deuxième génération.

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Dans le domaine de la défense, la France et Algérie doivent encore ratifier un accord qui pourrait ouvrir des perspectives à terme aux fournisseurs français dans le naval ou encore les hélicoptères. D’autres contrats doivent être annoncés, dans les domaines de l’agriculture, de l’industrie et des finances.

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• Les enjeux internationaux. Peu d'avancées concrètes sont en revanche attendues sur le conflit dans le nord du Mali, où Alger ne verrait pas d'un bon œil l'arrivée d'une force internationale de l'ONU. Si Paris assure qu'Alger partage son analyse sur le danger posé dans la région par des groupes armés islamistes, la diplomatie algérienne ne devrait pas prêter main-forte à la France, qui a fait de l'intervention au Mali un cheval de bataille mais qui se heurte aux réticences américaines.

La question syrienne pourrait également être évoquée lors de l'entretien bilatérale prévu mercredi à 14 heures avec le président Abdelaziz Bouteflika.

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• Les droits de l'homme. L'Algérie est l'un des rares pays de la région à n'avoir pas vu son régime basculer à l'occasion du "printemps arabe". Avec cette visite officielle, la France apporte une certaine caution au régime algérien même si certains diplomates souhaitent rester prudents. "Un jour, la jeunesse pourrait nous reprocher de ne pas avoir vu ce qu'il fallait voir", affirme une source diplomatique française qui explique ne pas vouloir "donner des leçons" mais "être subtil et faire passer des messages", en matière de démocratie et des droits de l'Homme.

Dans une lettre ouverte au chef de l'Etat, plusieurs organisations, dont la Fédération internationale des droits de l'homme ont dénoncé pêle-mêle : "le harcèlement judiciaire à l'égard de défenseurs des droits de l'homme et de militants syndicaux, la répression policière, l'interdiction injustifiée de manifestations et réunions publiques, le recours à des pratiques administratives abusives entravant la création et le fonctionnement des associations et des syndicats autonomes".