Ai Weiwei, l’artiste qui dérange

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Ai Weiwei, l’artiste qui dérange
@ REUTERS
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Cet architecte chinois a été arrêté dimanche dernier à Pékin et n’a donné aucune nouvelle depuis.

Ai Weiwei est un artiste militant. Et c’est bien ce qui dérange Pékin. Arrêté le week-end dernier à l'aéroport international de Pékin, le plasticien chinois renommé n’a plus donné signe de vie depuis. Une situation qui préoccupe Washington, Paris, Londres et Bruxelles. Son blog, l'un des plus lus de Chine, n'est plus accessible et son dernier message posté sur son compte sur le site de mircoblogging Twitter date du 3 avril, jour de son arrestation.

"Rien à voir avec les droits de l'Homme"

La police et le gouvernement chinois ont refusé de s'exprimer sur sa disparition, qui intervient dans le sillage de nombreuses autres arrestations ou disparitions de militants des droits de l'Homme depuis février. Car Ai Weiwei est une voix dissidente majeure en Chine. Ses critiques à l’encontre du régime communiste lui valent depuis toujours des relations tendues avec le pouvoir central, comme cela a été le cas pour son père, poète révolutionnaire exilé dans une province chinoise éloignée.

Jeudi, la Chine a averti la communauté internationale jeudi qu'elle n'avait "pas le droit d'interférer" sur la situation de l'artiste soupçonné de "crimes économiques", par la voix d'un porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Cette affaire "n'a rien à voir avec les droits de l'Homme ou la liberté d'expression", a assuré le porte-parole Hong Lei.

La Tate, le nid d'oiseau

Né à Pékin en 1957, il est considéré comme un des artistes incontournables de la scène artistique indépendante chinoise. C’est vers la fin des années soixante-dix qu'il commence à se faire un nom en prenant part aux travaux du groupe "Les étoiles", qui réunit des artistes avant-gardistes. Ai Weiwei quitte ensuite la Chine pour s’établir quelques temps aux Etats-Unis avant de regagner son pays dans les années quatre-vingt dix.

Plasticien, sculpteur, mais aussi architecte, Weiwei est connu pour ses oeuvres monumentales, comme celle exposée à la Tate Modern en octobre 2010. Il y installe un gigantesque un tapis de 100 millions de graines de tournesol en porcelaine.

L’œuvre symbolise une des représentations classiques associées à Mao Zedong :





Mais son œuvre la plus célèbre est sans doute le fameux stade des JO de Pékin, le nid d’oiseau, conçu avec les architectes Jacques Herzog et Pierre de Meuron. L'artiste chinois a été leur conseiller artistique pour ce projet.

Le Nid d’oiseau, fait 333 mètres de long, 294 de large et 69 de haut. Il occupe une surface de 258 000 mètres carrés et 42 000 tonnes d'acier ont été nécessaires à son édification :





Un pouvoir centralisé et de la corruption

En quelques années, Ai Weiwei est devenu un artiste indépendant de renom, au regard piquant. Critiquant avec force un système politique chinois centralisé, rongé par la corruption, il a réalisé une enquête sur les effondrements de bâtiments scolaires au cours du terrible tremblement de terre dans la province du Sichuan en 2008. Un drame dont une partie serait imputable à la corruption des cadres locaux, selon l’artiste.

Mais l'engagement de Weiwei déplaît au pouvoir. En janvier, son atelier situé près de Shanghai a été démoli et Ai Weiwei avait été placé en résidence surveillée trois mois. En décembre, il a été empêché de se rendre à Oslo pour la remise du prix Nobel de la paix au dissident chinois emprisonné Liu Xiaobo.